Quand l'or ne brille que pour une minorité

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

L'Or brille pour une minorité
L'Or brille pour une minorité
L'Or brille pour une minorité
L'Or brille pour une minorité

L'Or brille pour une minorité

Riche de 160 pages reparties en 14 chapitres, l’Or brille de Issa Toé, raconte l’histoire d’amour, a priori impossible, entre Pandjin, alias Madiba, étudiant en 6e année de médecine et leader charismatique du mouvement étudiant et Claudia, la fille d’un richissime opérateur minier du pays avec en filigrane la dénonciation du bradage du patrimoine minier national pour des broutilles à des hommes d’affaires, le plus souvent expatriés ; les conditions de vie et de travail, on ne peut plus déplorables, des travailleurs des mines, etc.

L’espoir suscité par l’exploitation des différents sites aurifères se transforme très vite en désespoir car si l’or brille effectivement dans le pays, il brille pour une minorité comme l’indique justement le titre-phrase de l’œuvre : L’Or brille pour une minorité. Papa Tiégouè ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme à la p. 72 de l’ouvrage : « Les problèmes sont nombreux sur ces sites. La jeunesse a besoin de soutien face à cette affaire d’or devenue social. »

Écrit dans un style simple, et c’est là une des prouesses stylistiques de l’auteur, l’œuvre décrit pourtant assez bien, avec les mots de tous les jours, le système d’organisation combien rigide des sites miniers, le processus de d’extraction et de transformation de l’or qui au fond n’est pas aussi dorée que cela.  Le suspense est garanti tout le long de la lecture du roman avec une intrigue qui ne se noue que tardivement, au chapitre 3, les deux premiers ayant servis à planter le décor, et qui ne se dénoue qu’au quatorzième chapitre avec l’assassinat du journaliste Robert, intrépide défenseur de la justice, qui n’est pas sans rappeler Norbert Zongo, et la prise, sous la contrainte des manifestations étudiantes, de textes de lois pour mieux encadrer le secteur minier.

L’autre prouesse stylistique qu’a réussi l’auteur, c’est d’avoir su recourir à des voix ironique et humoristique pour dénoncer les exactions et autres abus qui se font dans le secteur minier. En effet, l’auteur, en recourant allègrement à l’humour et l’ironie, en alternant comique de langage, comique de situation, a réussi la prouesse de rire et de faire rire le lecteur sur des sujets qui a priori ne s’y prêtent pas. Certains passages du roman deviennent ainsi des espèces d’interlude, de véritables plages récréatives, qui installent une ambiance, un climat de détente et font de la lecture une vraie partie de plaisir. Quelques extraits illustratifs :

« (…) les prostituées déclassées dans les villes viennent offrir le reste de leurs charmes dégradés aux vaillants travailleurs des mines (…) p. 46 ;

Lors d’une visite guidée sur un site minier par des autorités, on donna, comme c’est la coutume, un casque de protection à tous les visiteurs. M Fakiè Koné, SG du gouvernement refusa. Le narrateur nous en donne la raison :

« (…) il craignait que ses larges oreilles ne coincent dans l’hypothétique protection. »  p. 49 ;

Parlant d’une serveuse d’un bar-restaurant d’un des nombreux sites miniers du pays, le narrateur raconte non sans une pointe d’humour :

« La serveuse aux formes généreuses repartit vers le comptoir, dans une lente démarche qui pouvait susciter d’autres envies non inscrites dans le menu. » p. 69.

Concernant toujours la même serveuse, on lit à la p. 74 :

- Vous n’avez pas besoin d’autres choses, demanda la pulpeuse serveuse tout en faisant mine de ranger ses énormes nichons qui débordaient.

Des exemples de ce type sont nombreux dans le récit. On pourrait les citer à l’envi. Pour tout dire, c’est donc avec beaucoup de bonheur que nous avons lu l’Or brille pour une minorité, le 1er ouvrage de Issa Dieudonné Toé, entrepreneur de son Etat, qui vient agrandir mais aussi et surtout enrichir le cercle des écrivains burkinabè par sa plume singulière. Nous lui souhaitons bon vent dans cette nouvelle page de sa vie qu’il ouvre.

Adamou L. KANTAGBA     

 

Publié dans Critique littéraire

Commenter cet article