Des nouvelles pour penser et panser l’amour ?

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

Des nouvelles pour penser et panser l’amour ?
Des nouvelles pour penser et panser l’amour ?
Des nouvelles pour penser et panser l’amour ?

D’un point de vue organisationnel, les recueils de nouvelles s’organisent à l’image des recueils de poèmes. En effet, comme dans un recueil de poèmes, dans un recueil de nouvelles, chaque nouvelle peut et doit se suffire à elle-même, c’est-à-dire trouver sa signification indépendamment de tout contexte extérieur, même si par ailleurs elle s’insère dans l’ensemble du recueil auquel elle donne une certaine cohérence thématique.

L’une des innovations qu’a réussi Aboudou Sawadogo dans son premier recueil de nouvelles le Salaire du mensonge publié aux éditions Educ Afrique, c’est d’avoir bâti l’ensemble de son recueil - contrairement à beaucoup de nouvellistes - sur la même thématique à savoir l’amour.

On le devine déjà en filigrane en parcourant (au niveau de la table des matières) le titre des trois nouvelles qui constituent le recueil : « Le Salaire du mensonge », « Pourtant, nous étions mariés !», « Rupture au bout du fil ». Cela lui permet, comme nos braves mamans au marché avant de se décider pour tel ou tel quartier de viande, de peser, voire soupeser, l’amour sous ses différentes facettes.

C’est du reste ce que souligne Drabo Victorine, la préfacière de l’œuvre : « Si la nouvelle est la relation d’un instant, comme le pensent certains théoriciens et praticiens de la nouvelle, Aboudou Sawadogo présente, à travers ce recueil de trois nouvelles, trois instants de la vie de l’amour. Et à travers une narration de belle facture, avec des mots fort bien choisis et placés à la place qu’il faut, l’auteur réussit à montrer et à démontrer la fragilité de l’amour».

Sur le plan stylistique, le lecteur ne restera pas indifférent, loin s’en faut, au ton ironique des récits. Des sujets aussi délicats que sensibles à l’instar de l’infidélité conjugale, le divorce, etc. sont traités, à dessein, avec une certaine désinvolture (et c’est là toute l’ironie de la chose).

Ainsi, dans l’univers de Sawadogo, le mensonge a un salaire ; un « love serré » de plusieurs harmattans, contre toute attente, se rompt au téléphone, sans autre forme de procès ; on peut aussi, mine de rien, être marié sans être marié !

 Cela, Stella, l’héroïne de la nouvelle « Pourtant, nous étions mariés !» l’apprendra à ses dépens, le jour où sommée par Bill (à qui elle aura consacré dix ans de sa vie) de rejoindre ses parents (sans rien), elle se retournera vers la justice pour obtenir réparations. L’extrait ci-dessous est fort illustratif :   

 À bord du taxi, elle maudit son genre. J’aurais été un homme, je ne serais jamais victime de ce genre d’injustice, se disait-elle intérieurement. Seule, elle rejoignait ainsi sa famille le cœur meurtri. Ni l’intervention de son père ni celle de sa mère, encore moins celles des bonnes volontés ne ramena Bill à de meilleurs sentiments. La rupture était, pour lui, consommée. Bill avait prévenu, Stella n’aura rien de sa fortune. Après dix ans de vie de couple et de sacrifices multiples, cela était impensable pour Stella. Elle intenta un procès contre le tout puissant directeur national de l’Aviation civile pour entrer dans ses droits. À sa grande stupéfaction, le juge déclara son dossier irrecevable par manque d’acte de mariage.

-  Mais Monsieur le juge, J’ai vécu avec Bill sous le même toit pendant dix ans. Pour moi, nos trois enfants sont plus qu’un acte de mariage, fit-elle savoir à la cour. 

-  Pour vous oui ; mais pas pour la loi ! Je vous comprends madame, mais la loi c’est loi !

La loi était restée la loi, dure et impassible ! Stella était consternée, elle ne s’en revenait pas. Pourtant ils avaient vécu mari et femme pendant dix ans !

À l’instar de « Pourtant, nous étions mariés !», l’ensemble des nouvelles sensibilisent mais aussi et surtout dénoncent, sans en donner l’air, certains tares et travers non seulement des sociétés africaines actuelles ni tout à fait traditionnelles ni tout à fait modernes, mais aussi de l’homme moderne qui, en matière de couple, semblent toujours lâcher la proie pour l’ombre. 

Nous ne dirons pas que le Salaire du mensonge pour un coup d’essai fut coup de maître. Ce n’est pas non plus un navet, loin de là ! De ce point de vue, le tout premier bébé littéraire d’Aboudou Sawadogo, instituteur certifié et étudiant en licence de psychologie trouvera, nous croyons, la place qui est la sienne dans le cœur des lecteurs.  Salut l’artiste ! Adamou L. KANTAGBA

 

 

Publié dans Critique littéraire

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Aboudou SAWADOGO 25/08/2015 21:09

Merci déjà pour cet article qui plante le décore de cette oeuvre. Qu'il me soit permis de remercier tous ceux que ont œuvré à la réussite de ce coup d’essai, grâce à l'appuis de la maison d'édition Educ Afrique. Merci cordialement et Bonne lecture comme le dit l'éditorialiste!