ARMEE ET DÉMOCRATIE EN AFRIQUE... KI-ZERBO NOUS PARLE !

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

ARMEE ET DÉMOCRATIE EN AFRIQUE... KI-ZERBO NOUS PARLE !
ARMEE ET DÉMOCRATIE EN AFRIQUE... KI-ZERBO NOUS PARLE !

Hier encore, je lisais le livre-entretien de Joseph Ki-Zerbo A quand l’Afrique ? La profondeur de sa pensée et son actualité m’ont fait me rappeler les propos de Mickael Jackson. En effet, le roi de la pop disait, avec juste raison : « Une bonne mélodie ne vieillit jamais ». Pour paraphraser l’idole de toute une génération, je pourrais donc dire, pour revenir à la pensée de Ki-Zerbo, qu’une bonne réflexion, une bonne analyse n’est jamais dépassée et, bien au contraire, est toujours d’actualité, même des années après son énonciation.    

Pour illustrer mon propos, en restant dans un contexte transitionnel trouble et troublé par la question de la présence militaire dans le Gouvernement de Yacouba I. Zida, lui-même militaire, je vous propose justement la réponse du professeur à la question de René Holenstein.

Quel rôle faut-il assigner aux armées dans l’évolution des pays africains vers la démocratie ? Telle était la question à laquelle le 1er Africain agrégé d’histoire avait répondu :

« Les militaires jouent encore un très grand rôle en Afrique. Ils s’immiscent de manière permanente dans la politique africaine. Je crois que c’est Voltaire qui disait : « Le premier qui fut roi, fut un soldat heureux. » C’est par l’armée que, dans presque tous les pays du monde, les dirigeants sont arrivés au pouvoir. À peu près la moitié des dirigeants africains sont des militaires ou d’anciens militaires. Les militaires sont moins bien placés encore que les civils pour gérer l’Etat. Normalement, ils devraient obéir aux dirigeants civils. L’armée doit être une armée du peuple et non pas une armée contre le peuple. Il faut éviter que l’armée soit à part, séparée du peuple, vivant comme un kyste au sein du pays. L’armée ne doit pas vivre en autonomie par rapport au bien commun, à la république. Dans la République romaine, tous les grands actes de l’Etat étaient précédés par la formule suivante : Senatus populusque romanus (Le Sénat et le peuple romain décident). Les chefs d’armée ne faisaient que recevoir les ordres des civils. Historiquement, la subordination du pouvoir militaire au pouvoir politique a été un progrès très important. Ce n’est pas pour rien que dans la plupart des pays, c’est l’Assemblée nationale qui vote la déclaration de guerre. Mais une armée républicaine est un trèsor pour la démocratie ».[1]

Au moment où au pays de Michel Kafando, des voix s’élèvent, plus que jamais, pour exiger la démission des militaires du Gouvernement de la Transition, il serait judicieux de visiter et/ou de re-visiter la pensée de ce grand sage de l’Afrique dont le crédo : « N’an lara, an sara » (Si nous nous couchons, nous sommes morts) était une invite à l’action. Nul doute qu’en nous mettant à la tâche (en évitant les lectures partisanes et en privilégiant l’intérêt supérieur de la Nation), l’œuvre de Ki-Zerbo pourrait servir de boussole dans un Faso où les repères se perdent, et où les uns et autres tendent à perdre le Nord.   

Réédité en 2013, sous le label « Le livre équitable » initié par l’Alliance internationale des éditeurs indépendants A quand l’Afrique ? dont Sankofa & Gurli est coéditeur est disponible au prix de 3000 F CFA…  Un ouvrage à lire et à relire !

Adamou L. KANTAGBA

 

 

 

 


[1] Joseph Ki-Zerbo, A quand l’Afrique : Entretien avec René Holenstein, Lausanne, Éditions d’en bas, 2013, p.72.

 

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