Quelle contribution de la littérature à l’éducation dans les sociétés modernes ?

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

Quelle contribution de la littérature à l’éducation dans les sociétés modernes ?
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Quelle contribution de la littérature à l’éducation dans les sociétés modernes ?
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Quelle contribution de la littérature à l’éducation dans les sociétés modernes ?
Quelle contribution de la littérature à l’éducation dans les sociétés modernes ?
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Quelle contribution de la littérature à l’éducation dans les sociétés modernes ?

La question de l’éducation est, on ne peut en douter, au cœur des débats actuels. Elle est d’autant plus actuelle et réelle que l’existence même des hommes en pâtit. Si l’éducation parentale et scolaire (les deux sources d’éducation les plus connues) semblent connaitre des limites de nos jours, il parait plus que nécessaire de repenser la question.

Il est vrai qu’aucun domaine ne doit y être exclu, mais allier des sources auparavant dormantes à ce qui existe, déjà, serait en la matière, plus productif. Si nous partons du fait que l’éducation parentale et l’éducation scolaire sont coercitives, et que cela peut mettre en mal l’atteinte de leur objectif, l’on peut espérer que la lecture (des œuvres littéraires), exercice le plus souvent délibéré, puisse grâce à son contenu jouer un grand rôle. 

Le groupe Cultural Studies s’inquiétait déjà à travers cette citation : « Si les hommes ne portent pas dans leurs têtes des romans, ils risquent de nous jeter un jour des pierres. »  Si nous mettons de côté les autres acceptions du terme roman et considérer uniquement celle littéraire, nous sommes d’avis avec la citation, étant donné que l’œuvre littéraire de façon générale est une œuvre à but social, une œuvre qui a pour but de conscientiser son lecteur.

Quelle est donc la part de la littérature (l’œuvre littéraire) dans l’éducation ?

Cette réflexion vise donc à éclairer, un tant soit peu, les uns et les autres sur la possibilité qu’à l’œuvre littéraire, de participer à l’éducation dans la société. Le symétrique de cette position est de ranger sous la bannière des « acteurs » de l’éducation, l’œuvre littéraire. Il s’agira de montrer que loin d’être considérée comme une simple œuvre de distraction, l’œuvre littéraire pourrait passer pour un actant actif susceptible de jouer aux côtés des hommes un grand rôle.

Pour justifier ce qui précède, nous explorerons le monde littéraire en mettant à contribution deux genres littéraires que sont le conte et la nouvelle.

         L’éducation est définie par Le Grand Robert comme étant la mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation d’un être humain. Cette définition présente clairement l’éducation comme étant un mécanisme ; comme une sorte de transfert d’un point A vers un point B. Mais ce transfert se fait différemment et suit nécessairement un processus. Dans le cadre de la littérature, le processus passe nécessairement par la lecture.

 I- La lecture stimulant de concentration

La lecture, activité sociale, distractive de prime abord, est par ailleurs, une source inestimable de concentration (ici, nous nous plaçons dans une logique où les questions liées aux différentes méthodes d’apprentissage sont résolues et que le lecteur se trouve dans une condition acceptable de réception). Elle est une activité intellectuelle qui requiert une condition définie.

La lecture, pour se faire, nécessite l’implication personnelle du lecteur tant sur le plan de la motivation que sur le plan de l’effort cognitif. Les spécialistes de l’éducation nous font remarquer qu’à partir du cycle 3 de l’école primaire, c’est la constance du paradigme interprétatif qui prévaut, en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture.

En effet, à travers la lecture, le lecteur apprend, dans l’optique de se mettre dans le climat de l’œuvre, à faire un arrêt sur lui-même. Ainsi, il procède par une prise de conscience en se basant sur le contenu de l’œuvre. Ainsi, la concentration fait appel à l’attention ; et l’attention est révélée par les spécialistes être une excellente source de prise de conscience. Ce d’autant plus que certains analystes en font le centre d’une des techniques de prise de conscience. Cette technique se présente schématiquement comme suit :

Attention                           Compréhension                     Interprétation

            Autrement dit, l’attention est une excellente source de compréhension, de connaissance pour ce qui concerne la lecture. Il ressort, de ce point, que nous n’avons pas pour objectif d’étudier la lecture comme mécanisme (comment lire), mais seulement comme moyen permettant d’accéder au contenu des œuvres littéraires.

II- L’œuvre littéraire, une société construite en miniature

Nous avons précisé plus haut que l’œuvre littéraire est une œuvre sociale s’intéressant aux problèmes de la société tout en y proposant parfois, le plus souvent d’ailleurs, des solutions.  De ce fait, elle est l’éclaireur, le guide de l’homme social.

Cependant, ce rôle de guide se fait différemment selon le type d’œuvre, voire le genre littéraire. Justement, parlant du type d’œuvre littéraire, nous revenons sur le choix des deux genres qui nous intéressent pour cette étude. Le nouvelle et le conte, pas parce que les autres genres littéraires ne sont pas instructifs, mais que le conte et la nouvelle ont l’avantage d’être brefs et possèdent également des stratégies adaptées à notre cible.

         Partant du postulat que le mécanisme de concentration ait fait son effet sur le lecteur, ce qui suivra de plus important est inéluctablement le contenu de ce qui est lu. Pour être une œuvre sociale, les œuvres littéraires de façon générale ne sont rien d’autre que le monde que nous vivons en miniature. Dans ce sens, il serait plus facile de mieux corriger les failles étant donné qu’elles sont vues de l’extérieur.

          Par ailleurs, la littérature africaine, est réputée être une littérature culturaliste, c’est-à-dire basée sur la valorisation de nos valeurs culturelles.  Jean PLIYA souligne à ce propos que l’écrivain véritable est la plante nouvelle poussée sur le terreau de la tradition[1]  

         Étant donné que l’incivisme est basé sur le fait de bafouer des lois, cette prise de conscience par la lecture a l’avantage de pouvoir vivement interpeller le lecteur dans la prise en considération des valeurs culturelle si l’on sait que l’organisation de la société moderne est calquée sur les fondements de la société traditionnelle.    En parlant de valeurs culturelles, nous voudrions attirer l’attention surtout sur les interdits que véhiculent ces valeurs culturelles. Et chaque genre littéraire a sa manière de refléter la société.

  1. La nouvelle

      La nouvelle est un genre littéraire connu pour son attachement à la réalité. La dénomination même du genre en est une explication. En effet, nouvelle est inspirée de nouvelle en tant que information récente. Il s’agissait à la création de ce genre de colporter les récentes nouvelles vers la population ou qu’elle soit.

     D’abord oral, le genre s’est par la suite transposé à l’écrit au regard de son importance dans la société. À cette vue d’ensemble, plus générale, se juxtapose une autre, plus technique abordant l’écriture même du genre.

    Pour les spécialistes voire les théoriciens de ce genre (Allan Edgar POE, Daniel GROJNOWSKI, etc.), la nouvelle est une construction. Elle se souci de son lecteur sur qui elle compte influer.

    Toujours pour les théoriciens de ce genre, l’écriture d’une nouvelle obéit d’abord à la quête d’un effet. Cet effet étant escompté, il appartient au nouvelliste de savoir ranger les différents éléments en vue de parvenir à cet effet.

   Dans le point précédent, nous avons souligné un aspect très important dans la lecture : la concentration. S’il est vrai qu’elle se stimule, il est aussi vrai que la nouvelle est l’un des genres littéraires qui met l’accent à travers certains points sur cet aspect de la concentration, grâce à des techniques narratologiques comme le revirement et l’effet de totalité.

Par ailleurs, la particularité de la nouvelle, nous le disions plus haut, réside également dans son contenu. Elle s’intéresse aux sujets qui sont d’actualité tout en mettant en action des personnages exemplaires et cela aussi, dans l’intention de pouvoir emballer son lecteur.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle avant la dénomination nouvelle de ce genre, la nouvelle était connue sous l’appellation d’exemplum. Exemplum qui est dérivé du terme latin « exemplum » qui veut dire exemplaire. Ainsi, la nouvelle met en action des personnages exemplaires aussi bien dans l’action que dans leur être.

En choisissant de se baser sur des personnages exemplaires, ce genre veut susciter en son lecteur le gout de l’identification. Et l’identification est un système bien connu des psychologues comme mécanisme de changement ou d’adoption d’attitude. Elle consiste à assimiler un aspect d’un moi étranger comme modèle dans la construction de sa personnalité. Ainsi, l’exemplarité des personnages animant le récit peut susciter en le lecteur l’idée ou la volonté de ressemblance.

C’est une manière d’interpeller le lecteur sur la bonne conduite. Pour étayer cette idée nous confions à un exemple d’exemplum titré Heratius Cloclès. Titré par le nom du personnage central, Heratius Coclès raconte l’histoire de ce personnage exemplaire qui a développé des stratégies pour sauver tout un peuple en danger.

Il ressort après lecture de ce récit exemplaire que l’homme doit être utile pour l’autre. En faisant le transfert dans le domaine de l’éducation sociale de façon générale, l’on retiendra que ce récit exhorte au civisme. Secourir son prochain est un acte civique.

Au niveau parcellaire, la nouvelle burkinabè vue sous sa forme actuelle se range dans la même logique que celle souhaitée par ses ancêtres. Elle (la nouvelle burkinabè) embrasse diverses thématiques et sous divers angles avec au bout, l’intention affichée de faire retenir quelque chose de positif à son lecteur.

Les exemples sont lésions : dans le volume 1 de Nouvelles du Burkina Faso, la nouvelle intitulée, Le Défi, écrite par Iterre SOME incite le lecteur à la persévérance, au courage peu important la situation dans laquelle il vit. À travers son personnage exemplaire du nom de Kader qui a su surmonter son licenciement et s’imposer par la suite comme un grand opérateur économique. Dans cette nouvelle, l’accent est mis sur l’exemplarité du personnage central à travers sa persévérance.

Toujours dans la même dynamique de moralisation, nous notons pour le cas précis de la nouvelle burkinabè, une autre façon : il s’agit de l’étalage de certains caractères négatifs des personnages, qui se solde à la fin par une sanction très interpellatrice.

Pour ce cas, il appartient au lecteur d’avoir un esprit de discernement, en vue de savoir que c’est du caractère (bon ou mauvais) de tel ou tel personnage qu’il est récompensé. Dans un point de vue plus général, cette manière d’exposer les choses est inspiré de la sanction divine voire de l’éducation religieuse, selon laquelle Dieu, être suprême, récompense les bonnes personnes et punit les mauvaises personnes.

Autrement dit, pour espérer un lendemain meilleur dans la vie, il faut bien se comporter dans la société, se conduire selon les règles de la bonne conduite. Et cela répond aussi à une technique psychologique concernant le changement d’attitudes : c’est le conditionnement opérant qui se traduit simplement par cette phrase : combien me payes-tu pour cette action ?

Le conditionnement opérant encore appelé conditionnement instrumental, ou encore apprentissage Skinnerien est un concept développé par Skinner au milieu du XXe siècle.  Cette théorie s’intéresse à l’apprentissage dont résulte une action et tient compte des conséquences de cette dernière, rendant plus ou moins probable la reproduction dudit comportement. Ainsi, elle met l’accent sur la motivation du sujet qui se traduit par la récompense.

En clair, la conduite en société (telle que présentée par l’œuvre littéraire et même dans la réalité) est comme une sorte de contrat où la réussite est récompensée. Cette technique de construction du sens est bien ce que l’on constate dans des nouvelle comme Un Garçon pour Malick de Bernadette DAO, L’Heureux parieur emprisonné de Naby Isidore KONÉ, entre autres. Si telle est la manifestation éducative de la nouvelle, toute autre est celle du conte.

  1. Le conte

La valeur éducative du conte est, on ne peut plus, certaine. D’abord considéré comme une source inépuisable d’éducation dans la société traditionnelle africaine, le conte constitue de nos jours, un genre littéraire placé parmi ce que Daniel GROJNOWSKI appelle « la littérature à usage de la jeunesse ».

C’est ce que Pierre N’DA révèle à travers l’incipit de son œuvre : « Les contes africains sont un fait de civilisation, le reflet de valeurs idéologiques, un mode d’expression de la pensée, un art et une littérature. L’étude des contes peut permettre de mieux comprendre le monde africain, sa vision de l’univers, de Dieu, de l’homme, des êtres et des choses, de mieux apprécier sa culture et sa littérature »[2]

En effet, parlant d’éducation, le conte de prime abord, a l’avantage d’être un récit écrit et dirigé vers les enfants. Il contient presque tout ce qu’il faut pour emballer les enfants, frange probante de l’éducation. Il sait attirer l’attention par sa structure séquentielle. Pour transposer le conte dans le milieu scolaire, Pierre N’DA pense que les principes éducatifs utilisés dans les contes traditionnels sont ceux de la pédagogie moderne.

Aussi, le conte est en lui une leçon de vie. Cette leçon est de surcroit doublée d’une autre, généralement appelée leçon de morale qui est le plus souvent placée à la fin. Il est clair que notre investigation se fonde sur le conte adressé aux enfants étant donné qu’il y en a, même si c’est à une faible proportion, qui s’adresse aux adultes. Ces contes généralement écrits pour les enfants manifestent différemment leur intention. Généralement ils procèdent comme le souligne Pierre N’DA, par « cycle ». Pour lui, il y a plusieurs types d’enfants en fonction de ce que l’enfant développe, et à chaque type d’enfant correspond un cycle bien précis. Cette notion de cycle nous sera davantage claire à travers l’explication pratique suivante.

  • Le palais suspendu

Il était un jeune roi qui, un jour, voulut tester ses sujets, rien que les jeunes de son royaume. Ce sont gens souvent hardis, amis aussi, opportunistes à souhait. Il les convoqua en son palais et, sans aucun protocole, leur dit : «-Mon royaume de bouches inutiles est empli. Il y a ici trop de vieilles gens ennuyeuses et radoteuses. Nous devons nous débarrasser, sans ménagement aucun, de ces poids morts encombrants. Je vous demande par conséquent, une fois de retour dans vos familles, d’éliminer sans pitié et promptement toutes ces bouches inutiles et vénéneuses. Je veux que ma volonté sois faite ! J’ai dit !

Des applaudissements forts nourris ponctuèrent le discours du roi.

- À bas la gérontocratie ! cria une voix hardie

- À bas ! À bas ! reprit en chœur l’assemblée

Sur ce, le roi les congédia.

Les jouvenceaux s’en retournèrent, pleins d’assurance, chacun en son domicile avec la ferme intention, d’occire, sans plus attendre, un père, un oncle, dont l’âge seul était une raison suffisante de mise à mort.

Ce fut alors un carnage sans précédent dans le royaume. Les vieillards moururent tant et si bien que l’on convint de les enterrer sans funérailles. Des jours passèrent. Apparemment plus aucune vieille personne ne circulait dans le pays. Les jeunes, livrés dès lors à eux -mêmes, dansaient jour et nuit. Ils étaient enfin libres ! Finies les tracasseries ! Finies les humiliations !

Le pouvoir de décision était désormais à eux. Ils allaient pouvoir enfin s’organiser, choisir enfin le chemin de leur choix. Quand le roi fut convaincu que les jeunes s’étaient amusés de tout leur soûl, il les convoqua de nouveau en son palais.

Une horde de jeunes gens hilares et heureux accourut à l’appel du monarque. Quand le roi fut assuré de la présence du plus grand nombre de jeunes, il demanda qu’on fît silence, ce qu’il obtint aussitôt. Alors d’une voix sentencieuse, il annonça :

- Je suis très heureux de savoir que vous avez suivi à la lettre les directives que je vous ai données. Voici encore ce que j’attends de vous à présent. Voyez-vous cette place vide, non loin de ma demeure actuelle, j’ai décidé d’y édifier un nouveau palais. Vous sachant forts et motivés, il vous incombe de me le construire plus beau et plus vaste que le premier. Pour se faire, toute aide qu’il vous faudra vous sera donnée évidemment. Des ouvriers en grand nombre vous assisteront. Tout ce que je vous impose est que vous commenciez la construction par le toit.

- La volonté du roi sera faite, cria une voix au sein de la foule.

Il se trouve toujours en pareille circonstance, volontaires en nombre pour flatter les rois. Il se trouve rarement citoyen assez fou pour contredire les puissants.

L’on applaudit toujours plutôt à leurs âneries. Les jeunes gens applaudirent donc, et, pendant longtemps, les instructions du roi. Puis chacun, en sa demeure, s’en retourna, réfléchissant au moyen d’entamer la construction du palais par le toit.

Ils coururent de maison en maison, en quête de quelque information qui leur eût permis de faire le travail. Peine perdue !

Plus les jours passaient, plus il leur semblait difficile de donner satisfaction au roi. Il s’était trouvé cependant qu’un des jeunes du village, intrigué par les instructions singulières du roi, et plein de reconnaissance pour son vieux père, n’avait pas obtempéré aux injonctions du roi. Il était allé le cacher très loin du village. Il le ravitaillait nuitamment en vivres. Il alla donc trouver son vieux père et lui narra ce que le roi attendait d’eux.

Le vieillard rescapé en rit :

- Le roi vous demande de construire mais en commençant par le toit ? interrogea le vieil homme sarcastique. Vous a-t-il tracé les fondations d’une telle maison ? Sinon demandez-lui, sans arrogance, qu’il vous les trace à la hauteur souhaitée, car novices vous êtes en la matière, et les travaux, vous ne pourrez les entreprendre qu’à partir d’un plan bien indiqué.

Le jouvenceau, émerveillé, fier et confiant, s’en retourna au village prestement. Il allait prouver à ses congénères de quoi il était capable. Le roi cependant, las d’attendre que surgisse du ciel la toiture de son nouveau palais, convoqua de nouveau tous les jeunes du royaume.

Ils devaient s’expliquer, tous sans exception, sur la non-exécution de ses ordres. Il n’y eut pas foule à l’appel du roi. Seuls se présentèrent quelques téméraires dont le jeune homme au grand cœur. Ce dernier demanda la parole et l’obtint :

- Que votre majesté daigne nous comprendre. Nous sommes, nous jeunes, souvent spontanés, et ne réalisons la portée de nos actes, souvent démesurés qu’après exécution. Le retard mis à exécuter vos ordres n’est pas refus, Majesté. Grand a été l’embarras de tous. Quelques détails nous ont fait défaut, nous ne disposions d’aucun plan qui nous eût permis de jeter, avec assurance, les fondations du nouveau palais, ainsi que le désire votre majesté...

Un lourd silence s’abattit sur l’assemblée, avant même que le jeune homme eût achevé sa plaidoirie. Le roi lui-même comme assommé, baissa la tête confondu. Il demeura quelques instants méditatifs, puis se redressa embarrassé. Il dévisagea le jeune orateur, embrassa l’assemblée des jeunes. Le jeune homme d’un regard goguenard annonça :

- Tous les vieillards ne sont pas morts !

Le roi congédia alors ses jeunes sujets, leur recommandant cependant de ne point sous-estimer à l’avenir la place et le rôle d’un vieillard dans la société, car, si sève bouillante ils ne constituent plus, ils sont source d’où jaillissent vie et science. Quand donc l’un d’eux vient à mourir, c’est un puits qui se tarit.

Pierre Dabiré, Yingaonan et le roi, Paris, Éditions L’Harmattan, 2007.

Ce conte de prime abord met l’accent sur le respect, l’obéissance que les enfants doivent à leurs parents, aux personnes âgées de façon générale. Et partant, il met en exergue le respect dévolu aux personnes âgées. Dans ce conte, les jeunes parvinrent à réaliser l’irréalisable grâce au soutien du vieillard.

Comme pour dire que même si la jeunesse aujourd’hui se dit connaisseur grâce aux technologies du monde moderne, elle ne peut aucunement égaler un vieillard issu de la société traditionnelle.

Si donc ces deux mondes paraissent pour les uns et les autres exclusifs, ils sont bien au contraire complémentaires. En prenant en compte la thèse de Pierre N’DA, ce conte est calqué sur le cycle de l’enfant prodige. Dans le conte, le jeune a réussi à freiner, sinon mettre un terme à l’action, disons même, au règne du roi, seul être suprême du village et maitre de tous. Si réussite il y a, cette action en est une.

La réussite de cet enfant est basée sur le respect et l’obéissance qu’il a manifestée envers le vieillard. Nous le savons tous, il est communément admis que la réussite d’un enfant est d’abord conditionnée par le respect, l’obéissance de ses parents. Dans ce conte-ci, l’accent est mis sur le parcours, le cycle de l’enfant prodige.

Ainsi, en considérant le conte comme un cycle, Pierre N’DA le considère comme un parcours ; celui destiné à chaque type d’enfant afin qu’il puisse réellement se réaliser. En ce sens, le conte contient l’essentiel de l’éthique traditionnelle, éthique qui se transpose aujourd’hui dans le monde moderne.

Il n’avait donc pas tort lorsqu’il dit que le conte est une source de lumière pour la conduite personnelle dans la vie et l’intégration harmonieuse dans le milieu social.

Les contes déjà enseignés dans les classes de l’école primaire pourraient davantage porter fruit pour peu que l’on revoie le système de leurs enseignements.

L’on retiendra donc que l’œuvre littéraire possède une excellente qualité au-delà de celle qui lui est connue de prime abord. L’importance de la lecture littéraire dans la société dépendra, à notre sens, de trois points :

D’abord, les acteurs de l’écriture (écrivains), qui doivent être plus rigoureux dans l’écriture des œuvres. Car il y a souvent des œuvres presque vides de sens.

Aux acteurs de l’éducation, un regard plus sérieux doit être mis sur le choix et le nombre d’œuvres au programme sans distinction de série.

Pour terminer,  au regard de ce qui a été développé, il reste certain que la chose à appuyer est le gout de la lecture qu’il faut davantage cultiver chez les jeunes, que ce soit à l’école ou bien même à la maison.

         En définitive, il ressort de cette réflexion, que la lecture littéraire est plurifonctionnelle. Si elle est pour certains, source de distraction, elle est, aussi et surtout, source d’éducation.

Victorine Drabo

Références bibliographiques

CHISS (Jean-Louis).- L’Écrit, la lecture et l’écriture. Théories et didactiques.- Paris, Éditions L’Harmattan, 2012.

GROJNOWSKI (Daniel).- Lire la nouvelle.- Paris, Éditions Nathan, 2000.

N’DA (Pierre).- Le Conte et l’éducation.- Paris, Éditions L’Harmattan, 1984.

Nouvelles du Burkina Faso volume 1, Ouagadougou, Editions Presses Universitaires de Ouagadougou, 2005.

Nouvelles du Burkina Faso volume 2, Ouagadougou, Editions Presses Universitaires de Ouagadougou, 2005.

SOMDAH (Marie-Ange).- Écritures du Burkina Faso Volume 1.- Paris, Éditions L’Harmattan, 2003.


[1] Jean PLIYA cité par Marie Ange SOMDAH.- Écritures du Burkina Faso volume 1.-Paris, éditions L’harmattan, 2003, P. 11

[2]N’DA (Pierre).- Le conte africain et l’éducation.- Paris, Éditions L’Harmattan, 1984. P.7

Publié dans Critique littéraire

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