LITTÉRATURE BURKINABÈ ÉCRITE

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

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Julien B. Naon raconte une vie d’albinos

Une vie d’albinos (http://kantadamoul.over-blog.com/2016/11/une-vie-d-albinos.html), c’est par ce titre aussi évocateur qu’interpellateur que Julien B. Naon a décidé de rentrer dans le cercle des écrivains burkinabè. Une vie d’albinos est un récit qui raconte les péripéties d’un jeune albinos victimes de rejets multiples. Dans cet entretien, l’auteur revient sur les motivations profondes qui l’ont conduit à écrire ce livre. Il nous parle également de ses projets littéraires. Lisez-plutôt.

Qui est Julien B. Naon dont on découvre le nom sur la 1re de couverture de Une vie d’albinos ?

J.B.N. : Comme il a été dit, de façon brève, en 4e de couverture, je suis natif de Zamo, un village de Sanguié. J’ai fait mes premiers pas dans l’enseignement en 1994. À l’époque je n’avais que 20 ans. Aujourd’hui, je suis titulaire d’une licence en Philosophie africaine, obtenue à l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo. Je suis par ailleurs professeur des lycées et collèges.

Sur la 4e de couverture de Une vie d’albinos, on apprend également qu’il est votre premier bébé littéraire. Quel effet cela vous fait-il de tenir aujourd’hui entre vos mains votre premier livre, que dis-je votre bébé ?

Il faut que dire que c’est une fierté pour moi de tenir ce « bébé » car c’est une ambition que j’ai nourrie depuis longtemps. Pouvoir présenter au monde quelque chose qui vient du fond de mon être, faire découvrir au monde mes convictions sur un certain nombre de phénomènes sociaux a toujours été un rêve pour moi.

À travers ce récit, je crois que je contribue à ma manière à lutter contre un certain nombre de fléaux que connaissent nos sociétés. La résolution de ces problèmes peut contribuer à faire avancer l’éducation, ma véritable passion.

À quand remontent les premières phrases de ce livre ?

J’ai commencé à écrire ce livre en 2013.

Vous faites désormais parti du cercle des écrivains burkinabè. Dites-nous que représente l’écriture pour un jeune auteur tel que vous ?

L’écriture, de mon point de vue, constitue le principal outil qui défie le temps. Grâce à l’écriture, nous avons accès aux écrits des savants exprimés depuis des siècles voire des millénaires. L’écriture est un canal, l’un des plus appropriés, pour faire passer des messages.

Grâce à l’écriture, des penseurs qu’on dit décédés, continuent de vivre parmi nous par le fait de leurs écrits. Il n’est pas besoin de citer des exemples car ils sont indénombrables.

Le titre de votre ouvrage : Une vie d’albinos est en lui-même révélateur du thème de votre ouvrage.  Vous semblez beaucoup attaché à cette épineuse question des albinos dont les médias parlent à travers les faits divers les plus incroyables mais que les écrivains abordent rarement. Avez-vous un ou des albinos dans votre famille ? Quelles sont vos les motivations ? 

Cela dépend du contenu que nous mettons dans cette notion de famille. Il n’y a pas d’albinos dans ma famille, stricto sensu. Mais, j’ai eu à vivre avec des enfants albinos. En tant qu’enseignant, j’ai eu des albinos dans mes classes. J’ai pu constater, de plus près, comment les autres collègues, comment les familles de ses enfants albinos, comment la société de façon générale considéraient les albinos, les torts qu’elle leur faisait subir etc. De façon générale, il m’a été donné de constater que le traitement n’était pas toujours humain.

Quelles sont vos attentes après avoir « accoucher » ce livre ?

Ce n’est pas un secret. C’est nationalement reconnu qu’aujourd’hui l’éducation est à la croisée des chemins. Des voies et moyens sont en train d’être prospectés pour la parfaire. Mon livre constitue ma modeste contribution pour pouvoir contribuer à une éducation d’équité.

L’équité, ici, c’est de faire en sorte que ceux qui sont moins favorisés par la nature bénéficient de la considération, de la place qui doit leur revenir de droit pour pouvoir bénéficier d’une éducation de qualité. Et faire en sorte que ces « défavorisés » ne soient pas laissés au banc de touche de notre système éducatif.

Le personnage principal de votre récit un albinos du nom de Lougna a failli être sacrifié pour calmer la colère des dieux. Croyez-vous qu’effectivement les albinos ont des pouvoirs magiques maléfiques ou bénéfiques ?

Comme j’ai pu le signifier dans mon récit, c’est une aberration de croire que les albinos sont détenteurs de pouvoirs mystiques ou maléfiques. On peut comprendre que du côté des animaux, ils se dévorent pour des questions purement écologiques, pour faire tourner la roue, comme on dit.

Mais du côté de l’espèce humaine, ôter la vie de son prochain en se fondant sur des idées aussi absurdes est choquant. Tous les livres religieux nous enseignent la sacralité de l’homme et nous interdisent, de façon absolue, d’attenter à la vie de l’homme.

Chez vous, le texte littéraire semble être avant tout un pré-texte pour dénoncer les violences dont sont victimes les albinos. Est-ce à dire que les questions esthétiques ne sont pas trop vos préoccupations ? Qu’est-ce que vous en pensez ? 

Quand on parle de littérature ou de l’art, on parle nécessairement du beau, de l’esthétique. C’est une donnée non négligeable. Mais dans ce récit, ma première préoccupation consistait d’abord à faire passer le message. Peut-être que c’est cela qui a un peu pris le pas sur le reste. Et comme je l’ai déjà dit, j’ai une formation en philosophie africaine, peut-être que ce profil a déteint un peu sur le contenu du livre et l’a rendu beaucoup plus naturel.

Tout accouchement est douloureux. Après ce premier bébé, vous sentez-vous toujours la force d’accoucher une nouvelle fois ? Y aura-t-il d’autres bébés ?

Oui, ce ne sera pas le premier et le dernier. J’ai même déjà des thèmes. J’ai quelques manuscrits. J’ai même un recueil de poèmes et deux autres ouvrages. Mais leur accouchement dépendra du comportement de leur grand frère, pour rester dans les images.

Mais je compte rester toujours dans ma logique de dénonciation, de propositions. Quand je prends par exemple un phénomène socio-éducatif comme la violence en milieu scolaire, j’ai ma potion pour résoudre cette équation, en tant que praticien et après avoir accumulé un certain nombre d’année dans l’enseignement.

10. Dans cette dynamique, que pensez-vous justement de l’édition littéraire au Burkina ?

Il faut dire que ce n’est pas toujours aisé pour un écrivain de franchir la porte de l’édition. C’est souvent la croix et la bannière. Au-delà, il faut souligner cette propension des Burkinabè à se détourner de plus en plus de la lecture. Les œuvres littéraires ne sont plus bien lues aussi bien par les élèves que par les enseignants que nous sommes.

Mais qu’à cela ne tienne, je pense que tous ceux qui ont pour passion l’écriture continuent et continueront toujours d’écrire et de publier leurs écrits. Le reste ne dépend pas forcément d’eux.

11- Est-ce que vous vous sentez soulager après la parution de ce livre ?

Je me sens soulagé parce que j’ai vu mes propres camarades albinos tombés, parce que n’ayant pas eu de soutien. Je me sens également soulagé parce que certains de mes camarades se reconnaîtront pleinement dans ce livre. Ce sera ma manière à moi de leur rendre hommage. Si ce récit arrive à faire bouger ne serait-ce qu’une seule ligne, j’aurai atteint mon objectif.

Le mot de la fin ?

Premièrement, j’aimerai interpeller le politique qui s’est engagé à faire briser les barrières de la discrimination sous toutes ses formes. Je l’interpelle à aller au-delà des mots.

Deuxièmement, je m’adresse aux acteurs directs du système éducatif, à mes collègues enseignants. Il faut que chacun de nous travaille à redonner à l’éducation ses lettres de noblesse malgré les difficultés que nous connaissons. La perfection de l’Être doit être plus importante que les espèces sonnantes et trébuchantes.

En tous cas, c’est mon point de vue. Je pense que cela fera aussi bouger les lignes. Je vous remercie.

Entretien réalisé par Adamou L. KANTAGBA & Ousmane TIENDRÉBÉOGO

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