La place et l’avenir du livre au Burkina

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

La place et l’avenir du livre au Burkina
La place et l’avenir du livre au Burkina
La place et l’avenir du livre au Burkina
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La place et l’avenir du livre au Burkina
La place et l’avenir du livre au Burkina
La place et l’avenir du livre au Burkina
La place et l’avenir du livre au Burkina

 

« L’industrie du livre au Burkina : Enjeux et défis ». C’est sous thème que Educ Afrique, dans le cadre de la décentralisation de ses activités, a organisé en collaboration avec le Réseau des enseignants pour le développement de la culture et de l’éducation au Nord (RED-CEN) un panel à Ouahigouya le samedi 3 décembre 2016. Trois communications majeures ont été présentés respectivement par Adamou L. Kantagba, directeur de Educ Afrique, Idrissa Zorom, chargé des études et de la formation de Educ Afrique et du jeune écrivain Aboudou Sawadogo du REN-CED. Véritable cadre d’échanges, de conseils artistiques et littéraires, ce panel a été salué à sa juste par les habitants de la cité du Naaba Kango.

C’est un premier essai réussi pour Educ Afrique. Il faut le dire, depuis sa création en fin 2014, c’est la première fois que ce centre d’animation culturel et artistique dépose ses pénates hors de la capitale. Et c’est le chef-lieu de la région du Nord qui a été choisi. Là se trouve une association qui fait de la promotion de la culture et de l’éducation son cheval de bataille, le Réseau des enseignants pour le développement de la culture et de l’éducation au Nord (RED-CEN). C’est d’ailleurs en collaboration avec cette association que le panel s’est tenu.

Pourquoi un tel thème ?

Le panel a eu pour thème « L’industrie du livre au Burkina Faso : Enjeux et défis ». Il a été décomposé en trois sous-thèmes. « Les formes de l’édition littéraire au Burkina ». Ce thème a été développé par Adamou L. Kantagba, écrivain, doctorant en Littératures francophones, à l’Université Ouaga I, Pr Joseph Ki Zerbo. Le second, « Les politiques publiques de soutien aux initiatives littéraires : cas du livre », a fait l’objet de la communication de Idrissa Zorom, par ailleurs administrateur culturel et directeur de la législation et de la coopération au Ministère de la culture et du tourisme. Il est auteur de deux publications et est doctorant à l’école doctorale du Laboratoire Lettres, langues et cultures africaines de l’Université de Koudougou.

C’est Aboudou Sawadogo, enseignant et auteur du recueil de nouvelles Le Salaire du mensonge paru aux éditions Educ Afrique en 2015 qui a livré la troisième communication. Il a révélé à l’assistance les difficultés surmontées par lui pour entrer dans le cercle des écrivains.

Ils sont nombreux les Burkinabè qui ont des manuscrits qui dorment dans les tiroirs et qui attendent d’être édités et portés à la face du monde pour apporter leur contribution à l’alimentation littéraire, culturelle et éducationnelle. Mais seulement voilà, les conditions de l’édition littéraire dans notre pays comme un peu partout en Afrique constituent des raisons de découragement si bien que seuls les persévérants arrivent à franchir le Rubicon. Les témoignages lors de ce panel ont permis de comprendre une fois de plus la profondeur de cette question. Comme celui de ce jeune qui a par devers lui son manuscrit depuis des lustres et qui ne sait pas à quel éditeur se vouer pour voir son manuscrit se muer en un beau et joli livre.

Le panel a apporté des réponses à cette préoccupation à l’assistance. En plus des conditions de l’édition, nombre des auteurs de tapuscrits ne maîtrisent pas la chaîne de l’industrie du livre. Sur cette problématique également, le panel a permis d’éclairer les lanternes des participants à ce panel.

Les questions des tapuscrits : un problème d’avenir ?  

Selon Adamou Kantagba, il y a quatre formes d’éditions littéraires au Burkina. On a l’édition à compte d’auteur : là c’est à l’auteur de prendre en charge toutes les questions financières de l’édition. La maison d’édition se charge des questions techniques, qui font l’objet d’une rémunération par l’auteur. On a l’édition à compte d’éditeur. L’auteur remet son tapuscrit à une maison d’édition qui s’occupe de tous. On a en plus l’autoédition. Là, l’auteur de l’écrit s’en charge de tous. Il s’occupe des aspects techniques, financiers de son livre. Au Burkina, selon le communicateur, il y a une forme d’édition à cheval entre l’édition à compte d’auteur et à compte d’éditeur. Dans cette forme, l’auteur du tapuscrit remet son livre à une maison d’édition puis prend en charge une partie des dépenses. L’autre partie étant supportée par la maison d’édition.  

Adamou Kantagba a laissé comprendre que la question des manuscrits et désormais des tapuscrits ne date pas d’aujourd’hui et que ce n’est pas demain la veille qu’elle sera résolu. Tant qu’il y aura des écrivains et des auteurs, c’est une question qui se posera. Car nos maisons d’édition n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour éditer tous les tapuscrits. Nombreux sont également les auteurs qui ne disposent pas de ressources financières pour faire des éditions à compte d’auteur. L’Etat de son côté avec le budget dévolu à l’aide à la création ne saurait permettre de juguler définitivement cette question. De ce fait, il y aura plus de manuscrits dans les tiroirs que de livres sur les rayons des librairies.

Finalement, il appartient à celui qui a fourni l’effort d’écrire de serrer les coudes pour prendre en charge l’édition de son livre. Pour le cas spécifique du Burkina Faso, il propose donc aux écrivains en herbe de privilégier l’édition à compte d’auteur. « Elle vous permet de cerner avec plus de précision le comportement de votre livre sur le marché du livre », a-t-il conseillé. Répondant à une question sur la durée des manuscrits auprès des maisons d’éditions, le communicateur dira ceci : « La durée de traitement d’un manuscrit remis à un éditeur dépend de la qualité du livre.  Si le livre respecte les règles du genre choisi, et n’est pas infesté de fautes de construction, ni d’impaires grammaticales et d’orthographe, la durée traitement est généralement moins longue », selon le directeur de Educ Afrique qui a à son actif cinq (5) œuvres.

La question du financement du livre : les efforts de l’Etat

La question de la contribution de l’Etat à la production littéraire a été développée par Idrissa Zorom. L’Etat, c’est une lapalissade, ne saurait permettre d’éditer tous les tapuscrits en souffrance dans les tiroirs. Mais il apporte sa « petite » contribution à l’édition des œuvres de belles factures. Parlant de financement, il y a deux formes de financements pour l’édition littéraire.

Au plan national d’abord, puis au plan international. Au plan national, il y a les soutiens des pouvoirs publics, dont le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme à travers des appels à candidature. Il a donc conseillé aux participants d’être à l’affût desdits appels à candidature. « L’Etat ne prend pas en compte la totalité des frais, mais donne juste sa contribution », a-t-il précisé.

À côté du financement de l’Etat, il y a les financements de certaines structures privées qui font également des appels à candidature selon des thématiques et des conditions qui leur sont propres. Au plan international, certaines institutions comme l’UNESCO financent l’édition des livres. « Pour être parmi les heureux bénéficiaires dans toutes ces formes de financement, il vous faut produire des œuvres de belles factures ; c’est là une condition sine qua none », a recommandé Idrissa Zorom aux participants.

Devenir un écrivain : un rêve réalisable à condition …

Le dernier intervenant, c’est Aboudou Sawadogo. Il a partagé sa fraiche expérience d’écrivain à l’assistance. Il est l’auteur du recueil de nouvelles Le Salaire du mensonge. Une œuvre de trois nouvelles de belle facture publiée en 2015 et qui a déjà fait l’objet d’une réédition, preuve de son adoption par les amoureux des belles lettres. « Pour devenir écrivain, il vous faut rêver. Mais surtout travailler à ce que ce rêve devienne réalité. Il vous faut rester concentrer. Demander des conseils aux aînés … ».

Son envie d’écrire date de depuis longtemps. Il a aiguisé cette envie en parcourant les rares bibliothèques de Ouahigouya mais également celles de la capitale. Après avoir épuisé son manuscrit, il était allé à la recherche d’un éditeur. C’est sur internet qu’il dénicha Educ Afrique à travers le blog littéraire de Adamou Kantagba. Très vite le contact s’est établi et a donné naissance à la parution de sa première œuvre. Il prépare son premier roman. Il a invité les adultes comme les élèves et étudiants à investir les salles de lecture. « Pour bien écrire, il faut avoir bien et beaucoup lu », a-t-il conseillé. Nul doute que son témoignage vivant à lever les doutes de certains apprentis écrivains.  

Pour sortir du « désert culturel » dans lequel baignent beaucoup de Burkinabè, Educ Afrique et RED-CED sont convaincus qu’il faut que chacun joue sa participation : chaque Burkinabè pris individuellement, les associations et autres structures de développement culturel et artistique, mais aussi l’Etat. Mais la clé de tous, c’est la nécessité pour chacun de se laisser convaincre de la place du livre dans une société comme la nôtre.

Le développement fulgurant des nouvelles technologies est un argument trop court pouvant expliquer le désintérêt pour la chose livresque. Apparemment au regard des nombreuses questions de compréhension soulevées par les participants, le message semble avoir bien passé. Et ce panel littéraire a bien tenu toutes ses promesses.

ENCADRÉ 

Avant le démarrage du panel, les responsables de Educ Afrique ont eu droit à une visite guidée de l’institut Olvido qui a abrité le panel. Un institut à tout faire dans le domaine : littéraire, artistique et culturel. Cet institut qui, de l’avis de son directeur, contient « la plus grande bibliothèque du Burkina » est l’œuvre d’un expatrié. Il fait de la formation littéraire, en organisant des camps de lecture et d’écriture. Il fait de la formation en informatique. Il contient une salle de projection cinématographie. Il organise des activités au sein de la Maison d’arrêt et de correction de Ouahigouya (MACO) et dans les hameaux de culture du Yatenga où il fait des projections de films africains, et bien d’autres activités pour le bonheur des habitants de la ville. Educ Afrique n’a pas manqué de féliciter les responsables de Olvido pour cette contribution à la promotion de la culture et à la littérature burkinabè.

 

Ousmane TIENDREBEOGO

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