DU DROIT A LA CULTURE ! RENCONTRE AVEC UN EXPERT TRANSVERSAL

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

DU DROIT A LA CULTURE ! RENCONTRE AVEC UN EXPERT TRANSVERSAL
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DU DROIT A LA CULTURE ! RENCONTRE AVEC UN EXPERT TRANSVERSAL

Qu’est-ce que la culture ? Peut-on encore promouvoir la culture burkinabè, ou la culture africaine dans un monde qui est sous le diktat de la culture occidentale ? Comment peut-on aller au-delà des mots pour faire de la culture le socle de l’émergence du Burkina Faso et de l’Afrique ? Quelle peut être l’apport de la coopération Sud-Sud, Nord-Sud dans le développement de nos cultures ?

Voilà autant de questions que nous avons eues l’honneur de soumettre au directeur de la législation et de la coopération du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme, Idrissa Zorom, puisque c’est de lui qu’il s’agit. Juriste, administrateur culturel, il est aussi auteur. C’est à ce sujet que nous l’avons rencontré. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accordé, il se prononce, sans langue de bois, sur la culture burkinabè, au cœur de sa production livresque, mais et surtout son apport au développement du pays. Entretien…

Après une maîtrise en droit, vous vous inscrivez pour faire une licence et un master en arts, gestion et administration culturelle à l’Université Ouaga I Pr Joseph-Ki-Zerbo. Dans le même sillage, plutôt que d’envisager la magistrature, vous optez pour un concours du ministère de la Culture, des arts et du Tourisme. D’où vous vient cette passion pour la culture ?

À vrai dire, je ne sais pas comment cette passion est née. Seulement, après le baccalauréat, déjà, j’aimais aller présenter des objets d’arts aux acheteurs. Depuis cette époque, les questions d’arts me passionnaient. Je ne suis pas un négociant d’art, il m’arrivait, néanmoins, pendant les vacances scolaires et universitaires de vendre des objets d’art.

Cet amour pour la culture se justifie aussi par ma formation de littéraire de base. Elle s’explique aussi par les personnes que j’ai eu à côtoyer dans la vie. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié les grandes théories sur le tercérisme avec le professeur Laurent Bado, sachant bien que le fond du tercérisme, c’est vraiment la culture. Cette théorie m’a beaucoup influencé et je priais le Seigneur pour exercer une fonction liée à la culture.

Cette passion pour la culture ne vous fait pourtant pas renoncer à votre premier amour : le droit. Vos deux ouvrages : Environnement des industries culturelle et artistique au Burkina Faso et Coopération culturelle et touristique au Burkina Faso : Pour un élargissement des opportunités d’accompagnement illustre, à souhait, cette tendance que vous avez à toujours analyser la culture sur l’angle du droit. Est-ce que vous avez conscience de cette réalité ? Pourquoi ce va et vient permanent ?

Il faut dire que cela s’explique par les effets de ma formation juridique de base. Le droit, en tant que discipline scientifique, avec ces méthodes, ses règles, son approche, a tendance à saisir aussi les autres disciplines, à l’image de la philosophie. Le droit s’intéresse à toutes les questions de la vie économique, sociale et culturelle.

Aimant la culture, et étant juriste de base et administrateur de formation, mon premier réflexe était de partir sur les outils que je maîtrise le plus dans l’intérêt du champ culturel. Comment utiliser l’outil juridique dans le but de faire avancer les questions culturelles ? Ce qui est important de signaler, c’est que les aspects juridiques font partie des conditions de réussite du secteur culturel et artistique.

 L’intérêt de posséder cette double casquette, c’est que : si vous êtes un juriste « pur », sans aucune connaissance des matières culturelles, il vous est difficile de la saisir, de la pénétrer et de faire des propositions pertinentes pour faire avancer les choses. L’avantage que nous avons eu, c’est vraiment de connaître ces deux mondes. Et cela nous permet d’apporter le concours de l’outil juridique au développement culturel et artistique. Et nous pensons que cela se passe plutôt bien.

Pour revenir donc aux ouvrages, nous avons essayé d’évaluer le dispositif juridique des industries culturelles au Burkina Faso et également la coopération touristique. Parler de coopération, c’est nécessairement faire appel aux questions juridiques. Nous comptons à présent produire un ouvrage sur le profil de la réglementation touristique et artistique.

L’un des défis que les intellectuels burkinabè, et au-delà, africains se doivent de relever, c’est de repenser la culturelle afin de la sortir de la folklorisation actuelle dans laquelle elle baigne. Pourtant les publications dans ce domaine semblent rares et rarissimes. Comment explique-t-on cette situation ?

La situation a une explication. Il ne faut oublier que nous sommes aussi une jeune nation. C’est une donnée à prendre en compte. En plus de cela, et selon certains auteurs, la question du développement culturel n’a véritablement commencé qu’autour des années 70, 80. L’autre aspect, c’est que, de manière générale, on ne produit pas assez en Afrique et singulièrement au Burkina Faso. La production scientifique et intellectuelle n’est pas aussi abondante qu’ailleurs. Ce qui fait que le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme entrevoit même une politique volontariste pour soutenir la production littéraire et artistique.

Il y a cette réalité qui fait qu’on ne pas avoir des écrivains publics ou des écrivains nationaux. On ne peut pas avoir une équipe d’écrivains culturels comme par exemple dans le domaine du sport avec une équipe nationale. On ne peut pas non plus contraindre les gens à écrire. Ce qui fait que c’est avant tout des entreprises individuelles, volontaires. Le ministère peut entreprendre la production des rapports et autres, mais c’est encore plus intéressant que la réflexion soit menée et poussée par des intellectuels. Ce qui devra aboutir à la création d’une véritable industrie culturelle et créatrice. Sans oublier la protection et la valorisation du patrimoine culturelle et artistique.

Pensez-vous que l’ouverture d’une école doctorale à l’Université de Koudougou, avec un volet dédié nommément à la culture, peut contribuer à juguler le déficit en termes de production intellectuelle culturelle et artistique ?

Bien évidemment. Lorsque l’université s’intéresse au champ culturel et artistique, il y a lieu de les féliciter pour la vision. Cela va ouvrir assez de possibilités pour tous ceux qui s’intéressent à ces questions de mieux assoir leurs connaissances afin de produire des ouvrages plus scientifiques pour une meilleure promotion de la culture et des arts, mais également des politiques culturelles.

On peut se réjouir de cette donne dans les universités. L’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo avait déjà planté le décor avec la création de la filière Arts, gestion et administration culturelle (AGAC) au sein de l’UFR/LAC qui, pour l’instant, ne va pas au-delà du master. L’école doctorale de Koudougou, qui prend en compte la culture africaine, prend pour ainsi dire le relais. Cela permettra à tous ces intellectuels qui s’intéressent à la question culturelle, du point de vue scientifique, de s’outiller et, en retour, d’être plus utile à leur nation.

Vous préparez votre troisième ouvrage dont la parution est prévue pour le premier trimestre de l’année 2017. Quelles sont les grandes lignes de cet ouvrage ?

C’est un ouvrage qui va traiter du profil juridique de la règlementation culturelle. Nous n’avons pas encore un titre définitif. Nous y abordons, entre autres, la configuration des questions juridiques au sein de la culture et des arts afin d’esquisser un portrait-robot de la règlementation culturelle.

L’ouvrage intéressera plusieurs publics, notamment les chercheurs, les opérateurs culturels … Une partie va forcément prendre en charge la règlementation générale de la Constitution aux autres lois de portée générale pour en terminer avec la règlementation spéciale : filière par filière.

Il s’agira de voir comment elle définit les rôles entre les différents acteurs, ses insuffisances, son intérêt. Bien entendu, nous ne manquerons pas de faire des propositions pour le rayonnement artistique et culturel du Burkina Faso.

Dans votre précédent ouvrage, vous dites que le rayonnement du Burkina Faso et son respect sur la scène internationale ne pourront être une réalité sans un apport substantiel de la culture. En quoi consiste cet apport substantiel ?

Je vous donne un cas concret. Prenons le Président du Faso qui effectue des visites dans le monde entier qui participe à la visibilité de l’institution. Mais lorsqu’on fait des comparaisons, l’un des éléments qui permet au Président du Faso d’être visible dans toutes les chaînes mondiales, c’est le Fespaco.

C’est ce festival qui offre une tribune au Chef de l’Etat en termes de visibilité et de rayonnement. Ce n’est qu’un aspect de ce que la culture peut apporter comme contribution au positionnement au rayonnement diplomatique du Burkina Faso sur la scène africaine et internationale.

L’autre aspect, c’est qu’on ne peut nous identifier que sur la base de ce que nous apportons de façon spécifique. Alors que notre apport spécifique est intrinsèquement lié à la culture et aux arts. On ne pourra assurer le rayonnement de notre pays en faisant fi de la question culturelle et artistique.

En termes de maillage international en matière de coopération culturelle, vous relevez dans votre ouvrage que l’Afrique de l’Ouest avec 15 accords signés avec le Burkina est en tête du peloton, en matière de coopération culturelle. Est-ce un choix politique de nos dirigeants ou se contente-on de ce qu’on a à défaut de ce qu’on veut      ?

Je pense que c’est une option politique. Avant d’aller plus loin, il convient de voir de s’assurer qu’on a un bon voisinage. Les autorités burkinabè ont très vite compris cela. L’histoire explique aussi cela ; de par le passé, on nous appelait « carrefour africain ». Nous partageons aussi pas mal de frontières, nous ne pouvons donc pas nous permettre de ne pas avoir de bonnes relations avec nos voisins. C’est le facteur géographique.

Il y a aussi le fait que nos peuples sont à cheval entre les frontières héritées de la colonisation qui n’ont pratiquement pas de sens. Prenez l’exemple de la culture sénoufo qu’on retrouve au Burkina Faso, comme au Mali ou en Côte d’Ivoire, ce sont les mêmes pratiques culturelles. Si au plan administratif, un Sénoufo est dit ressortissant du Burkina Faso ou de je ne sais d’où, cela n’a aucun sens pour lui.

Il est donc extrêmement important de tisser des relations formelles de coopération technique culturelle et artistique avec nos voisins. Ce qui fait qu’on devait mettre beaucoup plus d’accent sur les voisins. Je pense que ce sont ces raisons qui expliquent cela. C’est aussi dans l’intérêt de nos opérateurs culturels. Autant faciliter leur mobilité, le développement de leur marché avec les pays voisins où l’accès est plus facile que d’aller plus loin.

Quand vous parlez de développement culturel, à quoi cela renvoie exactement ? La culture se limite-t-elle au Fespaco, aux objets d’arts, aux chansons traditionnels, aux danses ?

 Votre question est pertinente. Elle nous amène à nous interroger sur les politiques culturelles en Afrique de façon générale. Si on n’y prend garde, on risque d’aller vers des politiques ministériels ou départementales. La question de la culture doit être transversale. Un seul ministère ne peut pas porter la question de la culture. Chaque ministère devra jouer sa partition.

On devait par exemple se demander quelle est la contribution de la culture au développement des sports, pour la préservation de l’environnement. La question culturelle est une question transversale. On devait aboutir à des politiques nationales et non à des politiques ministérielles. Le champ culturel est très large. La définition que nous avons consacrée en 2009, c’est celle adoptée par l’Unesco. C’est outre les arts, le patrimoine culturel, les modes de vie, les droits humains. C’est un champ qui est extrêmement vaste qui nécessite l’apport de tous les ministères.

Comment le Burkina peut-il développer sa culture dans un monde où c’est la culture occidentale qui domine ?

Il y a plusieurs voies pour y arriver. Il y a l’éducation artistique et culturelle à l’école. Les jeunes apprenants devraient dès le bas-âge apprendre leur culture, les valeurs de référence pour forger leur personnalité. Ensuite, il y a la vision de l’Etat. Même la domination économique part des aspects culturels. Si vous arrivez à arrimer vos pratiques culturelles avec les questions de développement, vous ne pouvez qu’aller de l’avant.

C’est là que se trouve le problème des pays africains. Nous utilisons des outils de développement que nous ne maîtrisons pas. On ne pourrait jamais battre les autres sur leur propre terrain. Il faut absolument que nous revenions aux fondamentaux, que nous repensions notre développement pour prendre en compte la question endogène.

Je ne crois pas que nous pussions trouver des solutions à nos problèmes sur la base des outils que nous avons empruntés de l’extérieur. Si nous nous donnons le temps, cela prendra le temps que ça prendra, mais nous finirons par trouver les solutions à nos problèmes en partant de nos convictions culturelles. Qu’on le veuille ou non, si nous voulons nous développer, il faut absolument emprunter ce schéma : partir de nos valeurs culturelles et artistiques comme socle de développement.

Quelle lecture faite-vous de la littérature burkinabè ?

Je pense que notre production littéraire n’est pas abondante. Il y a des faiblesses sur toute la chaîne. Que ce soit au niveau de la production, de l’édition, de la promotion, il y a des difficultés à tous les niveaux. Je crois qu’il ne faut pas baisser les bras.

Quel peut être, alors, l’apport de la coopération culturelle en matière de création littéraire ?

Au-delà des conventions et accords signés, ce sont des opportunités. Ce ne sont pas des acquis. Après la signature, il faut encore des moyens, pour que chaque acteur, chaque opérateur identifié dans l’accord puisse participer à sa mise en œuvre. La coopération peut apporter sa contribution en offrant des possibilités et en contribuant à la mobilisation des ressources.

On a vu que la Coopération française a contribué à la mise en place les CELPAC. Le processus est en train d’être relancé avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour renforcer la lecture publique. Il appartient à l’Etat de faire prévaloir ses intérêts, à ce qui l’intéresse au mieux en terme de coopération, de faire savoir quels aspects il veut voir développer.

Pour terminer, d’où vous vient votre surnom : Expert transversal ?

 Ce surnom est dû au fait que nous exerçons dans des structures elles-mêmes qui ont un caractère transversal. Nous sommes des structures d’appui. Nous sommes au carrefour du ministère. Nous sommes donc amenés à avoir une vision assez large des questions culturelles et artistiques et également à apporter un concours technique aux autres directions.

Entretien réalisé par Adamou KANTAGBA et Ousmane TIENDREBEOGO

 

 

 

Publié dans Actualité, Société

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