Al-qadr

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Al-qadr

            Beaucoup avant vous, chers amis lecteurs, et avant moi, se sont posé la question. Certains se la posent  encore et toujours. Fort heureusement, j’ai, à ce sujet, quelques éléments de réponse à partager avec vous; cela grâce à mes nombreux voyages à travers le monde : Afrique, Asie, Amérique, Europe, Océanie, etc.  Il faut dire que j’ai roulé ma bosse un peu partout sur cette planète bleue. Et voilà  pourquoi je dirai ici qu’il faut, que jeunesse se fasse, que les jeunes voyagent car les voyages, c’est la vie. On apprend beaucoup, plus dans les voyages que dans les meilleurs bouquins écrits, fussent-ils par les plus belles plumes qui soient.

Je sais de quoi je parle, car je bouquine beaucoup. Je suis même, comme dirait un Bernardin SANON, un  liseron. Pourtant, l’histoire fabuleuse de cette dame que je m’en vais vous conter et qui va tous nous édifier sur la question du destin, de la destinée (car c’est cela la signification de Al-qdr  en arabe, l’arabe du Coran), je ne l’ai lue dans aucun roman. Et Allah sait que j’en ai lu, des romans !

Cette histoire, je l’ai apprise au cours d’un de mes nombreux tours du monde en quatre vingts  jours. Oui, je la tiens de l’éminent imam Salam Ibn Omar de la grande mosquée de Koira-Noma que j’ai eu l’honneur de rencontrer une fois à Makysso. Quel docte ! Les voyages forment, vous dis-je. 

            Je me rappelle. C’était dans le mois de  Shaban, le mois qui précède celui de Ramadan. Et c’était après la dernière prière du soir, celle que les adeptes de Mohamed appellent Isha. La prière avait été dite. Les fidèles s’étaient retirés. Seul le saint homme était resté. Le visage tourné vers l’Orient, une main caressant une épaisse barbe, l’autre égrenant un chapelet, Salam Ibn Omar était comme à son habitude perdu dans ses méditations.

Mettant furtivement approché de lui, je le saluai ainsi que se salueront, inch Allah, plus tard les heureux locataires du Paradis : « Salam ! ». Il me répondit comme il devait me répondre. Et après les traditionnels salamalecs, je lui posais une question, la question qui me taraudait tant l’esprit : « J’entends souvent dire : c’est sa destinée, c’était sa destinée. J’ai même entendu chanter : Tel mon destin… Ô Imam, vous savez, et moi, je ne sais pas ! Eclairez, je vous prie alors, ma lanterne : le destin existe-t-il pas ou pas ? »

Que croyez-vous, lecteurs, qu’il m’ait répondu ? Oui ? Non ? Ni l’un ni l’autre. Il n’ya que les ignorants qui donnent dans les déclarations péremptoires. Mon interlocuteur, lui était un sage homme. Il me répondit en parabole comme Nabi Issa [le prophète Jésus]. C’était à moi de lire entre les lignes.

- J’ai reçu, à cette même place, me dit l’imam en indiquant du doigt l’endroit où j’étais assis, il y a trois ou quatre ans de cela une sœur en religion. Elle venait d’un pays voisin, un pays frère. Elle avait un problème. Elle était désepérée. Elle ne savait plus à quel saint se vouer. Elle m’a posé sensiblement la même question.

Elle s’appelait Salimata. Elle était musulmane et était mariée à un musulman. Le frère en question n’avait certes pas descendu le coran,  mais il s’efforçait de vivre, autant que faire se peut, sa foi. A l’instar donc de son mari, Salimata faisait la salaat et s’acquitait de la zakat. Elle aimait son homme et celui-ci l’adorait. De soucis majeurs d’argent, le couple n’en avait pas. L’un et l’autre travaillaient. Salimata avait tout pour être heureuse : une situation stable, un foyer, un mari adorable. Mais, elle ne l’était point, point du tout ! Et pour cause, après neuf années de vie conjugale,  elle était sans enfant. Salimata était stérile !

Mais laissez-moi vous dire, avant que de continuer, qu’il ne s’agit guère de la Salimata des Soleils des indépendances chère à feu Kourouma même s’il faut reconnaître que les deux histoires se ressemblent quelque peu.

La Salimata de ce récit-ci ignore tout du Horodougou. Elle était née, et était stérile dans un pays qui avait l’un des taux de fécondité par femme les plus élevés au monde,  pays du désormais tristement célèbre Tandja, chantre d’un certain tazartché. Et c’était peut-être ce qui accentuait  son drame. De jeunes filles, mariées longtemps après elle, étaient déjà à leur deuxième, troisième voire quatrième enfant, et elle, Salimata, rien !

Malgré tout, continua l’imam, elle avait de la veine. Son mari était un ange, il était d’une telle douceur, d’une telle compréhension. Musulman, il aurait pu être polygame,  la stérilité de Sali (ainsi qu’il l’appelait affectueusement) constituait une circonstance atténuante ; il était toutefois resté monogame. Ultime preuve d’amour s’il le fallait. Néanmoins Salimata était malheureuse, très malheureuse. Pourquoi ? Dans cette région du monde, en dépit de la modernité, de l’émancipation de la femme, la valeur d’une épouse se mesure toujours au nombre de ses maternités.

Seule, puis avec son époux, elle avait alors fait le tour des CHU [Centre hospitalier universitaire] et autres cliniques spécialisées  cherchant la solution à son problème. C’était obsessionnel ! Elle avait fait sienne l’adage qui dit qu’il faut vendre sa maladie afin de trouver son remède. Elle avait donc multiplié les consultations et autres examens. Pourtant nulle perspective heureuse ne pointait à l’horizon. Les résultats des gynécoloques étaient continûment les mêmes : c’est bien elle qui ne fonctionnait pas dans le couple. Mais la cause, ils étaient incapables de la nommer. RAS (Rien à signaler), lui disait-on invariablement. Rien, et elle n’arrivait pas à réaliser son destin de femme : donner la vie, même s’il fallait y laisser sa vie ! Sali était scandalisée. Ces disciples d’hippocrates la décevaient énormement. Et dire qu’elle avait aussi fondé beaucoup d’espoir en eux !

Salimata se lamentait. Ainsi donc, elle ne connaîtra pas la joie de la maternité. La vie ici-bas n’est qu’épreuves et il est si difficile d’être heureux…

Et elle avait beau implorer Allah nuit et jour, multiplier les rakaat [unités de prière], multiplier les ébats amoureux, son ventre était toujours plat, aussi plat que celui d’un top model. Elle ne comprenait pas. Personne n’y  comprenait d’ailleurs rien. Mais comme l’être humain veut trouver explication à tout, certains parlèrent de sort jeté, d’autres de destin…

On lui parla de moi, alors elle fit le voyage de Koira-Noma. Après m’avoir narré tout ce je que je viens de vous raconter, elle me demanda si telle était sa destinée.

- Imam, que lui avez-vous alors répondu ?

- Je lui ai raconté l’histoire d’une femme très pieuse, bien plus pieuse qu’elle, mais qui, comme elle, n’arrivait pas à avoir d’enfant en dépit de ses sacrifices multiples. C’était il y a très longtemps, au temps d’un certain prophète.  Un jour, cette dame alla voir le prophète de Dieu et lui demanda : « Ô saint homme, vous qui êtes l’ami de Dieu et qui avez le privilège de parler avec lui, ne pouvez-vous pas voir mon cas ? ».

Le lendemain, le saint demanda à son Seigneur et Maître de lui permettre de jeter un coup d’œil dans le Livre. Chacun de nous y a sa partie. Dieu n’est pas le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux pour rien. Il le lui permit. Le surlendemain, le prophète rendit fidèlement compte à la femme de ce qu’il avait vu la concernant : « Il est écrit, lui dit-il, que tu ne peux pas avoir d’enfant ». Celle-ci le remercia chaleureusement  pour avoir essayé, un tant soit peu, de l’aider, rentra chez elle, demeura dans le sentier de Dieu,  et mieux, multiplia les bonnes œuvres.

Moins d’une année après, alors que le prophète de Dieu se retirait comme d’ordinaire au sommet d’une montagne pour méditer, il se vit interpeller par une femme avec un bébé au dos. « Ne me reconnaissez-vous donc pas, ô prophète de Dieu ? Je suis la femme au sujet de laquelle vous avez dit : il est écrit que tu ne peux pas avoir d’enfant. Le Très Haut a entendu mes prières et les a exaucées ».

Le saint homme monta au sommet de la montagne demanda à l’Omniscient : « Seigneur,  comment est-ce possible ? » Dieu lui apprit que ce qu’il avait lu dans la tablette conservée, le Livre, si vous voulez, n’était pas écrit avec de l’encre indélibile ; que les écritures n’étaient pas figées.  

Voilà, cher voyageur, ce que j’ai répondu à Salimata. Telle est aussi, voyageur,  la réponse à votre question.

Je ne pus, poussé par je ne sais quelle curiosité, m’empêcher de lui demander s’il avait des nouvelles de Salimata.

- Elle a suivi l’exemple de la femme de l’histoire. Et si j’en crois ses compatriotes qui séjournent régulièrement dans notre capitale, elle a eu tout récemment des jumeaux.

Voilà, chers amis lecteurs, au terme de ce récit de voyage, vous me direz si le destin existe ou pas.

Adamou L. KANTAGBA: kantadamoul.over-blog.com

A lire aussi dans Le Pays N° 4931 du vendredi 19 août 2011

 

                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Création littéraire

Commenter cet article

Salam (pa Salam ibn omar) 19/08/2011 19:21



Bonsoir monsieur KANTAGBA,


C'est avec une certaine curiosité que j'ai ouvert ce blog qui s'est revelé etre à mes yeux une caverne d'Ali BABA en raison de sa richesse litteraire et en enseignement.


Je t'encourage sur cette voie de sagesse.


Excellent careme.



Adamou L. KANTAGBA 23/08/2011 04:41



Merci pour tes encouragements Salam[qui n'est pas Salam].  Nous écrivons pour vous.