Ces fautes de français... 2

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

 

  MAJUSCULESOU MINUSCULES ?

1re partie

 

 

         C’est en ce moment que les intellectuels Africains refusent de parler, de prendre part aux débats d’idée qui agitent le monde mondialisé et globalisé mais qui est en fait un monde éclaté en mille morceaux.  (Opinions plurielles, Le Pays, déc. 2010) ;

          

Le nouveau gouvernement Italien. (Titre du JT de 20 heures de la Télévision Canal3, mercredi 16 novembre 2012) ;

 

 J’ai un dentifrice Chinois. Je regarde une Télé Chinoise. J’écris avec un Bic Chinois sur du papier Chinois. Et je bois du lait Chinois même quand il pleut. (Élucubrations de Toégui, L’Obs, 22 mars 2011) ;

  

H. B., Professeur certifié de Français à Koudougou. (Lettre au Premier ministre, Opinions plurielles, Le Pays, 02 septembre 2011) ;

 

 

 

En parcourant chaque matin la presse nationale, l’on se rend compte d’une certaine propension des scripteurs (politciens, journalistes, publicitaires, etc.) à utiliser des majuscules. Cela relève-t-il d’un quelconque effet de style ? Est-ce par ignorance ? Quoiqu’il en soit, il convient de savoir que l’emploi des majuscules n’est point laissé au bon vouloir des écrivants et/ou des écrivains. L’usage des majuscules ou des miniscules obéit, en effet, à des règles qu’il convient de savoir et d’appliquer sous peine de tomber dans la faute. 

Dans le 1er extrait par exemple : la majuscule au mot Africain employé comme un adjectif qualificatif est fautive. En effet, la règle, en français, veut que les noms d’habitant d’un territoire prennent la majuscule, mais non l’adjectif correspondant ni le nom de la langue. Cet intellectuel burkinabè qui se positionnait sur le rôle des intellectuels du continent devrait donc écrire dans son papier : intellectuels africains et non « intellectuels Africains ».  De même dans le titre du journal JT de Canal3 du mercredi 16 novembre 2012, le mot italien devrait prendre une minuscule plutôt qu’une majuscule.

 

Cette règle est même très souvent transgressée par les hommes de plume comme on peut le constater dans le 3e extrait avec Toégui dans ses très célèbres élucubrations du mardi.  Il eû fallu écrire :

J’ai un dentifrice chinois. Je regarde une télé chinoise. J’écris avec un bic chinois sur du papier chinois.Et je bois du lait chinois même quand il pleut, etc.

 

  Avant de continuer, nous nous en voudrions de ne pas souligner les majuscules injustifiées aux mots : bic et télé. Bic, marque déposée, est employé dans le texte comme un nom commun de chose (il s’agit d’un cas de métonymie) ; comme tel, il s’écrit avec minuscule : bic.  La majuscule n’est donc pas justifiée. Il en est de même du mot télé (obtenu par apocope, c'est-à-dire par suppression de lettres finales du mot télévision : nom commun de chose). 

Ainsi que vous le constatez, dans le 3e extrait, la faute est commise même par un collègue enseignant ! Le mot Français, à la fin de votre correspondance au premier des ministres, cher collègue, renvoie à la langue française. Aussi devriez-vous, cher collègue, écrire : français et non Français.

 Il est sidérant de constater que cette faute est assez recurrente chez les enseignants. On la retrouve en effet sous la plume de cet autre professeur de Gourcy :

 Excusez-moi, mais à force de parler anglais, seul, pendant des heures face à des élèves qui n’attendent que le coup de cloche pour les délivrer de ce calvaire, à force donc de parler seul, je finis par mélanger le Français et l’English. (B.P., Enseignant à Gourcy, Opinion plurielles, Le Pays, 16 août 2011.

 

 

On comprend le désarroi du professeur d’anglais que vous êtes face à des élèves qui n’ont que faire de la langue de Sheakspear. Mais cela suffit-il à excuser cette entorse faite à la langue française ? Les règles sont dures mais ce sont les règles. Vous avez beau avouer votre confusion anglais/français, cela ne change rien même si effectivement nous sommes fondés à penser qu’il faudrait peut-être voir dans ces maladresses une mauvaise influence de la langue anglaise qui met une majuscule à tous les mots de ce genre, qu’ils soient adjectifs ou substantifs : do you speak French ? (parlez-vous français ?).

 

 

         Je ne supporte pas, mais pas du tout, d’entendre les Nabas parler Français à la télé (…) Mais avis au Premier Ministre : dès la prise de fonction, il faudra mettre fin à l’emploi du mot « Primature ». Pourquoi ? Parce que « Primature », ça ne veut rien dire dans le vocabulaire Gaulois. (Les élucubrations de Toégui, L’Obs, mardi 11 janvier 2011).

        

 

Merci, cher élucubrateur, pour cette brillante élucubration sur le mot primature qui, vous avez raison, n’a pas encore l’onction de l’Académie française mais que nous utilisons, nous autres, en Afrique subsaharienne pour signifier très souvent les bâtiments qui abritent les services du « 1er des ministres ». Il est en est de même d’un verbe comme compétir que nous employons en lieu et place de concourir. La leçon eût été alors parfaite si vous n’aviez pas commis ces impairs au niveau de français et de gaulois pour ne retenir que ces deux-là.

 

 Je demande aux burkinabè qu’ils sachent une bonne fois pour toute que les ivoiriens sont leurs frères. Que les ivoiriens aussi sachent que les burkinabès sont nos frères. (Actu 15, Éveil-Éducation, 05 au 19 juillet 2011). 

 

Nous observons dans l’exemple ci-dessus, le phénomène inverse de ce que nous avons pu voir jusque-là. En effet, plutôt que d’employer des minuscules à l’initiale des mots : burkinabé et ivoiriens, utilisés ici comme des noms d’habitant, ces deux substantifs seraient plus corrects avec des majuscules.  Ainsi, on aurait : « Je demande aux Burkinabè qu’ils sachent une bonne fois pour toute que les Ivoiriens sont leurs frères. Que les Ivoiriens aussi sachent que les Burkinabès sont nos frères ». 

 

Publié dans Critique littéraire

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