Crise lybienne. Que doit-on encore espérer de l'UA?

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

CRISE LYBIENNE

Que doit-on encore espérer de l’UA ?

 

En prélude au 17e sommet des chefs d’État de l’Union africaine au pays de Téodoro Obiang Nguema[une rencontre qui suscite bien de polémiques de la part des Organisations de la société civile et des partis politiques en raison de fortes sommes d’argent engagées dans sa préparation par les autorités de Malabo avec notamment la construction d’hôtels de luxe, de plage artificielle, etc.], le comité des médiateurs sur la crise lybienne se retrouve ce dimanche en Afrique du Sud pour discutailler, pardon, discuter des derniers développements de la crise. La situation au pays du Guide constitue un des grands dossiers de la conférence des chefs d’État en Guinée équatoriale.

 Mais que diantre attendre de cette énième  réunion des médiateurs sur la crise lybienne au moment où la crise  s’achemine inexorablement vers sa fin avec les frappes aveugles presque quotidiennes de l’Alliance atlantique qui fragilisent quoiqu’on puisse en dire chaque jour, un peu plus, les objectifs militaires stratégiques du Colonel ?

Après avoir laissé pilonner toute une partie de ce beau pays qu’était la Lybie, après avoir sacrifié de nombreux Libyens dont ses trois enfants  sur l’autel de ses ambitions, le Colonel  est obligé de se plier à la volonté des insurgés de Benghazi et de ses alliés occidentaux décidés à en découdre avec lui et dégager, s’il tient, en tout cas, à sortir indemne de cette crise qui ne cessera qu’avec son départ du pouvoir ou son assassinat. C’est une question de rapport de force. Et sur le terrain, les choses ne lui sont guère favorables. Le camp de Kadhafi semble de plus en plus se rendre à l’évidence. Ne promet-il pas, à présent, d’acheminer au Conseil national de transition (CNT) une proposition de sortie crise que l’organe politique de la rébellion se propose d’examiner ? Si le Guide entend enfin la voix de la raison et cède le pouvoir, le peuple lui revaudra bien cela car en quarante-deux ans de règne, le bilan du Guide de la Révolution lybienne n’est pas que négatif. Bien au contraire !

L’Union africaine a du mal à imposer sa feuille de route, elle se plaint de ce que ses vues ne sont pas prises en compte. À qui alors la faute ? L’UA qui avait, à sa création, suscité beaucoup d’espoir chez plus d’un Africain  n’a qu’à s’en prendre à elle-même. En effet, de ces deux budgets : le budget-programme est financé à 80% par l’aide extérieure, européenne notamment. Quant au budget-fonctionnement, il  est financé par une poignée de pays sur le continent : Égypte, Afrique du Sud, Lybie, etc. Cela est-il gage d’indépendance ? Peut-on imposer ses vues à celui dont on dépend ? La sagesse plusieurs fois séculaire de nos ancêtres ne nous enseigne-t-elle pas que la main qui donne est supérieure à celle qui reçoit ? Les insurgés n’avaient-ils pas à cet effet déjà récusé la médiation de l’UA au prétexte qu’elle roulerait pour le Guide, un de ses grands bienfaiteurs ? Il est donc grand temps que l’Union africaine revoie sa copie et se donne les moyens de résoudre les différentes crises postélectorales, les différents conflits et autres remous sociaux qui ont cours sur le continent noir.

Il est sidérant de constater que cinquante ans après les indépendances de nos États respectifs qu’à  la moindre alerte nous appelons encore et toujours les anciennes puissances colonisatrices à la rescousse. L’Union européenne, l’Occident peut nous venir en appui, après tout, nous sommes dans un monde mondialisé donc interdépendant ;  mais pas jouer les rôles de premier plan en lieu et place de l’Union africaine, de l’Afrique comme bien c’est souvent le cas dans les conflits qui minent le berceau de l’humanité, par ailleurs berceau de la civilisation, je vous en prie ! Que serait par exemple la crise ivoirienne sans le rôle déterminant joué par la France, disons plutôt Nicolas Sarkozy pour rendre à César ce qui appartient à César ? Bien malin qui saura le dire !

L’Union africaine a donc manqué de jouer sa partition dans la crise ivoirienne, idem dans la crise malgache. On entend peu ou pas du tout sa voix dans le printemps arabe, et singulièrement dans la crise lybienne qui n’a que trop duré. Pour cela, on s’en prend au président de la Commission de l’UA, le pauvre Jean Ping. On l’accuse de ne pas avoir une forte personnalité. Pourtant c’est ce qu’on avait reproché à l’ancien charismatique président de la Commission Alpha Omar KONARÉ : sa forte personnalité. Lui qui tutoyait les chefs d’États, ses pairs, leur parlait d’homme à homme, de manu à manu comme dirait le Pr Laurent BADO.  Il est temps que les chefs d’États  en Afrique  sachent  ce qu’ils veulent au risque de se mettre leur peuple sur le dos.

Avec ses tergiversations, à quand l’Afrique que feu Joseph KI-ZERBO appelait de tous ses vœux ? À quand cette unité africaine chère à un Kwame Nkrumah si cinquante ans après les indépendances, l’UA ne peut garantir le principe de l’inviolabilité  des frontières issues de la colonisation  et que la balkanisation du continent noir se continue comme on le voit avec le Sud Soudan. Demain à quelle entité territoriale  le tour ? Le Sahraoui occidental ? Le Delta du Niger ? À quoi sert véritablement le Conseil de Sécurité et de Paix de l’Union africaine dont s’est doté l’institution panafricaine pour gérer les crises récurrentes dans cette partie du monde? Pourquoi sa voix est-elle si inaudible ?

Osons néanmoins croire que ce 17e sommet des chefs d’État ne sera pas encore un sommet de trop, qu’il en  ressortira de bonnes et fermes décisions pouvant aider à aboutir à une résolution politique et pacifique de la crise lybienne. C’est seulement à ce prix que l’Union africaine pourra redorer son image, une image  sérieusement écornée par ses différents échecs.

Ouaga, le 26/06/2011

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