Dernière parole d'un père à son fils...

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le père de Boga, lui était parti. Oui, parti dans un tragique accident de circulation : quatre ans exactement après la mort de sa femme consécutive aussi à un accident. Fort heureusement, il avait pu lui transmettre son héritage. Boga avait à l’époque sept ans et il était au Cours Préparatoire 1re année[1]. Son père l’avait assis sur ses genoux et, tout en lui caressant la nuque d’avant en arrière, lui avait dit :

« Fils, écoute-moi très attentivement, écoute très attentivement cette histoire que je vais te raconter et souviens-en-toi après moi. »

— Je vous écoute, père.

— Merci fils ! Jadis, étaient voisins deux hommes que tout opposait : l’argent, la gloire, la vision du monde, etc. Ce n’est pas comme aujourd’hui où nous avons d’un côté les quartiers chics, les quartiers résidentiels et de l’autre les ghettos, les bidonvilles… Mais revenons à nos deux curieux voisins. Si le premier était très pauvre, le deuxième était très riche. L’un était bûcheron et l’autre avait hérité de son père une fortune pyramidale.

Chaque matin, au premier chant du coq, le pauvre bûcheron se levait, priait et, sa hache sur l’épaule, il s’en allait chercher son pain quotidien. Chemin faisant, il rencontrait chaque fois son richissime voisin qui revenait de son footing matinal. Le richard, étonné, le regardait partir. Où allait-il à cette heure ? Le truc sur l’épaule, à quoi ça servait ? se demandait-il continuellement.

Un jour où il ne put se retenir, il osa lui poser la question qui lui taraudait tant l’esprit : « Bonjour « vose » (diminutif de voisin) ! Où vas-tu ainsi armé, de si bon matin ? »    

— Ainsi armé, comme vous dites, je vais travailler. Je gagne ma vie en fendant du bois, si vous voyez bien ce que je veux dire ! répondit le bûcheron très courtois. 

— Ça doit être dur comme travail ! s’exclama l’homme. Voilà ce que je te propose : tu me dis ce dont tu as besoin, tout ce dont tu as besoin et je m’engage à te le donner chaque jour. Ainsi tu pourras te reposer. 

— Vous dites bien tout ? 

— Tout ! 

 Alors je vous demanderai de bien vouloir m’offrir chaque matin une poignée de sable.

 Une poignée de sable, dis-tu ?

— Une poignée de sable, j’ai dit, répondit le bûcheron.

Cet homme est fou, murmura en lui même le richard. Et pourtant…

— Comme tu voudras ! conclut le richard, convaincu de la folie de son voisin.

Le lendemain du pacte le bûcheron se rendit de bon matin chez son bienfaiteur. Il reçut comme convenu sa poignée de sable des mains de son riche voisin. Le surlendemain aussi. Toute la semaine aussi. Mais tout cela ne fit pas long feu.  Un jour où il allait comme de coutume récupérer sa fameuse poignée de sable, il se vit vertement tancer :

 — Tu me casses les pieds à la fin. Si tu veux du sable abaisse-toi et ramasse-s-en toi-même.

Le bûcheron partit d’un fou rire qui surprit son interlocuteur puis satisfait, il déclara :

 — Voyez-vous cher voisin, ce n’est que du sable que vous m’offrez et cela il y a à peine un mois, mais déjà vous en avez assez. Voyez le ton sur lequel vous m’avez parlé tout à l’heure. Imaginez si j’avais accepté votre aide, il y a un mois…

— Dis-moi, fils, quelle est la moralité de ce conte ? demanda-t-il à Boga assis sagement sur ses genoux.   

 

Extrait de Cœur de femme, Adamou L. KANTAGBA, Éditions Jethro SA, Ouaga, 2012.

 

Selon vous, chers amis blogueurs et facebookers, etc. que peut avoir répondu cet enfant ?



[1] Dans certains pays comme le Niger, on parle de Cours d’initiation(CI) plutôt que de Cours préparatoire 1re année(CP1) comme c’est le cas au Burkina Faso.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Création littéraire

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