Les écrivains burkinabè et leurs oeuvres II

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

UN HOMMES, DES OEUVRES!

Dr Pierre Claver Ilboudo

 

Madame la ministreMadame la ministre et moi, roman, 2007, éditions L’Harmattan, Paris.

            Dernier ouvrage de Pierre Claver ILBOUDO,  Madame la ministre et moi, du point de vue de l’écriture, est écrite à l’image de ces précédentes publications : une écriture simple mais non point simpliste. Et l’un des mérites,  et peut-être même que la clé du succès de l’auteur auprès des éditeurs et des lecteurs réside dans cette simplicité. Il en faut, en effet, du génie pour construire du beau sans beaucoup d’artifices, de fards. Imaginez une ménagère devant concocter une bonne sauce avec peu d’ingrédients ! C’est pourtant le pari que réussi une fois encore l’auteur dans Madame la ministre et moi. Avec les mots simples de tous les jours mais avec quelle combinaison Pierre Claver ILBOUDO relate avec réalisme l’ascension puis la descente aux enfers d’un journaliste pris dans ses propres contradictions dans un système qu’il n’a eu de cesse de dénoncer dans ses papiers.

            Journaliste, il n’y allait pas effectivement  avec le dos de la cuillère pour critiquer le système en place, dénoncer le manque de volonté des autorités à asseoir une bonne gouvernance ; devenu ministre donc autorité, lui-même, il comprend à son corps défendant qu’il ne suffit pas seulement d’avoir de la volonté. On a dit à juste titre que Madame la ministre et moi est le roman de l’impuissance et de la perte des illusions.

  

                                                    QUELQUES EXTRAITS        

Notre directrice Madame Zon, était ce qu’on pouvait appeler une femme à poigne. Elle dirigeait son service d’une main de fer. Elle avait fait ses études au CESTI, c'est-à-dire le Centre d’études des sciences et techniques de l’information à Dakar et n’avait de respect que pour les  journalistes qui avaient fréquenté cet établissement. A ses débuts, elle s’était signalée par la maladresse de son style rédactionnel. Non seulement son style était lourd et abscons mais ses analyses manquaient singulièrement de profondeur. L a vie est ainsi faite que  nous devons payer cher chaque instant de gaité. (pp.40-41)

  

Madame Zon le savait sans doute car elle avait continué ses articles ampoulés de façon imperturbable avec l’air de dire : « Rira bien qui rira le dernier ». C’est ainsi que tous ceux qui avaient ri de ses articles avaient par la suite eu amplement l’occasion de le regretter. Madame Zona vit moins de cinq ans d’ancienneté quand la révolution éclata. Elle eut l’intelligence ou l’opportunisme, les avis sont partagés, de se jeter à corps perdu dans la révolution en créant très tôt  un comité de défense de la révolution au sein du service de la presse écrite.  (p.41)  

 

Le directeur de l’époque était un des tous premiers journalistes du pays. C’était un vieil homme fripé  qui n’avait pas  tardé à être rattrapé et dépassé par la révolution. Ce n’est pas qu’il n’avait lutté pour suivre « la marche radieuse » de la révolution. Il avait d’abord levé timidement le poing quand les membres du comité de défense de la révolution criaient les slogans au début des réunions, puis percevant la nécessité de faire plus, il avait lancé le poing plus haut, mais c’était trop tard. (p. 41)

  

Malheureusement, des contradictions n’ont pas tardé à se faire jour entre les petits partis progressistes au sein du Conseil national de la révolution. Et graduellement ces différentes formations d’avant-garde se sont retournées les unes contre les autres et se sont mises à s’entredéchirer. C’était l’histoire du serpent qui se mord la queue.             (p.9)  

 

J’ai été également quand la révolution a pris la décision de supprimer les noms des quartiers de la ville de Ouagadougou pour les appeler des « secteurs », avec un numéro de série parfaitement anonyme pour les distinguer. Je pense qu’une ville africaine comme Ouagadougou doit pouvoir garder son histoire, son âme au-delà des vicissitudes politiques. Il aurait fallu tout simplement réaménagera les noms et en ajouter de nouveaux pour marquer le fait que la capitale appartient à tout le pays. (p.24)

 pc ilboudo et al kantagba

 Dr Pierre Claver ilboudo(gauche) lors d'une activité de Lire & Ecrire

BIOGRAPHIE 

  à Manga au Burkina Faso, Pierre Claver ILBOUDO  est non seulement titulaire d’un doctorat de lettres modernes sur le nouveau roman de l’Université de Cergy-Pontoise en France mais aussi d’un diplôme d’interprète de conférences du Polytechnic of central London. C’est à titre qu’il a travaillé au ministère des Affaires étrangères burkinabè, à l’Union africaine, à la Banque africaine de développement.

Aujourd’hui à la retraite, Pierre Claver ILBOUDO est rentré dans son pays où il est constamment sollicité non seulement dans le domaine de l’interprétariat mais aussi de la littérature burkinabè dont il est un grand défenseur. Parrain de la 10e édition de la Foire internationale du livre de Ouagadougou avec Henri Lopez, il a plaidé et continue de le faire pour l’introduction des œuvres burkinabè au programme. Il estime à juste titre qu’à livre importé, culture importée ».L & E

Il œuvre aux côtés des associations d’écrivains et/ou de promotion du livre comme la Société des auteurs, des gens de l’écrit et des savoirs(SAGES), le Cercle littéraire et artistique Lire & Ecrire pour ne citer que celles-là  pour l’émergence d’une littérature burkinabè véritable.   Il accompagne la jeune génération d’auteurs  du mieux qu’il peut. Il est à ce titre le préfacier de Cœur de femme de Adamou L. KANTAGBA. 

Dans le domaine de l’interprétariat, il a contribué à la création de la 1re associations des interprètes et traducteurs  du Faso dont il est par ailleurs le vice-président.

BIBLIOGRAPHIE

Ø Le Fils aîné, roman, 1982, éditions Silex, Paris ;

Ø Le Mariage de Tinga, nouvelle, 1985, éditions Silex, Paris ;

Ø Adama ou la force des choses, roman, 1987, éditions Présence africaine, Paris ;

Ø Le Retour de Yembi, roman, 1995, éditions Clé, Yaoundé.

Publié dans Critique littéraire

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NIKIEMA Frédéric De Avalbert 20/02/2017 13:29

Trois phrases: C'est formidable!! C'est l' Espoir d'une Afrique bientôt éveillée!

Adamou L. KANTAGBA 20/02/2017 17:17

C'est vraiment ce qu'il faut souhaiter à ce continent : l'éveil des consciences ! Merci cher Nikiéma !