J’AMELIORE MON FRANÇAIS V

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

 


Sans bourse déliée ou sans bourse délier ?

 


 

 La solidarité professionnelle voulait que les professionnels d’une activité socio-économique donnée s’entraident, presque sans bourse déliée.

 

La semaine passée, je lisais une œuvre littéraire. Je devais en effet soumettre un papier sur ledit ouvrage à un des journaux avec lesquels je collabore. Donc je lisais, je lisais ; je savourais, mon plaisir car les histoires rapportées étaient bien préparées, donc très croustillantes, on dirait ces biscuits qu’on m’a envoyés de Bengué, avec une bonne dose d’humour, le tout assaisonné d’une bonne pincée de passion sans laquelle rien de bon ne se prépare pour paraphraser ce vieux foulosophe.

J’étais donc dans cette lancée consommant sans modération mon livre quand je butai comme ça sur cette faute dans l’extrait ci-dessus. Braves lecteurs, c’était comme si vous étiez en train de vous régaler d’un bon couscous sénégalais ou arabe ou de ces succulents poulets braisés au rabilé made in Ouaga et que soudain, vous tombez sur un grain de sable…

Vous comprenez alors, chers amis, pourquoi je propose une pause, un arrêt sur la faute au niveau de « déliée » car il y a bien là une entorse à la langue française. La faute de l’écrivain se comprend même si on ne peut pas l’accepter : une faute reste et restera une faute. La loi est dure mais c’est la loi. La circonstance atténuante qu’on peut néanmoins trouver au fautif, c’est qu’il s’est fait avoir par la règle sur l’accord du participe passé employé sans auxiliaire (être/avoir). Cette règle veut que le participe passé utilisé de cette manière (je veux dire sans auxiliaire) s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte comme un adjectif qualificatif. Bourse étant féminin, singulier, l’auteur logiquement a mis déliée au féminin singulier.

Malheureusement le français, et nos ancêtres les Gaulois sont les premiers à le reconnaître, est l’une des langues les plus irrégulières qui soient. Pour des passionnés de belles-lettres comme nous autres, ce sont ces irrégularités qui font tout le charme, toute la poésie de la langue de Molière.

Sans bourse déliée tel qu’employé dans le texte et qui signifie sans rien payer est une expression figée : une locution adverbiale. A ce titre, il est invariable et s’écrit toujours sans bourse délier ; faire le contraire c’est tomber dans la faute et risquer d’induire ses pauvres lecteurs en erreur. Je parle, bien entendu, de ceux qui n’ont pas eu la chance de faire les lettres donc de faire leurs humanités.

Remarque : Ne prenez pas pour parole d’Évangile toutes les corrections que vous propose votre ordinateur, lui-même n’a pas fait lettres modernes encore moins lettres classiques.

 Quand j’ai écrit sans bourse délier, ma machine me proposait toujours déliée. J’étais obligé de lui dire (pas d’homme à homme comme Laurent Bado, mais d’homme à machine) d’ignorer ce qu’elle croit être ma faute.

 

Prochainement nous vous proposons une analyse de Journal d’un vacancier de Laurent Bado par le Docteur es lettres Dramane Konaté.

À bientôt donc sur kantadamoul.over-blog.com

 

 

Publié dans Critique littéraire

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