L'Ambianceur

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

L'AMBIANCEUR 

 

Ce soir là, la lune n'était pas à son rendez-vous habituel. Le ciel avait revêtu son noir manteau. Il devait être je crois trois heures du matin. Malgré la coalition de quelques étoiles sorties ici et là, la nuit imbue de son obscur pouvoir restait toujours noire et même était très noire ! Entre ciel et terre, elle terrorisait tout. Les arbres ne bougeaient pas. Les bébés ne pleuraient plus. Les hommes dormaient ou faisaient semblant. Même les chiens enragés avaient rallié le mot d'ordre de la nuit!

          Un silence noir pesait sur les êtres et les choses; et c'était un temps à ne pousser un policier dehors. Pourtant, au loin là-bas, l'on apercevait qui venait... une masse... un homme... un jeune homme! Il rasait les murs faméliques du vieux quartier. Il avançait mais son pas était hésitant. Il sentit la pesanteur d'une ombre comme prête à bondir sur lui…Il se retourna aussi vite que l'éclair, manqua de perdre l'équilibre et ne put surprendre son invisible poursuivant. Il regarda alentour, le « six mètres» était vierge! Nul intrus ne le souillait excepté lui.

Il enjamba une flaque d'eau où pataugeaient des restes de haricot et de riz, pressa le pas puis on l'entendit soudain profaner le silence qu'avait réclamé la nuit. Un sachet noir - made in Nigeria - l'avait chatouillé. Et sans le vouloir, il s'était trahi et avait trahi sa peur! La frayeur faisait transpirer mais aussi et surtout faisait trembler son être comme une vieille femme au grand froid de décembre. Il prit conscience de sa vulnérabilité et se sentit tout petit.

Quatre pas à droite, un tronc d'arbre. Il servait apparemment le jour de banc public. Il s'y laissa choir. La tête entre la paume des mains, en son for intérieur, il semblait se demander: « Mourir... pourrai-je mourir ainsi... intestat? » Alors il ne put s'empêcher de penser aux siens. De l'eau claire que contenait à peine le lit de ses yeux coula le long de ses joues. Du revers de la main, il l'essuya. Après, ce fut son nez qui l'importuna. Il se leva alors, se moucha puis continua son chemin de croix.

Il secoua plusieurs fois sa tête et soupira: Dieu est grand! Il se revit tout à l’heure essayant son ensemble pantalon-chemise sorti des forges du grand styliste Alphadi sous le regard inquisiteur de son ami Ambianço. Il allait chausser ses souliers aux bouts carrés... Mais sans qu'il ne comprît trop pourquoi, son ami qui passait maître dans la sape lui avait recommandé vivement de porter ses «Sébago ». Cette paire de chaussures de grande valeur lui avait été envoyée d'Italie par un de ses frères. Ambianço avait soutenu mordicus que lesdites chaussures allaient plus avec ses habits! Les préparatifs finis, Ambianço au volant du char et lui derrière Ambianço, ils s'en étaient allés au show. Là, Ambianço découvrit cette belle fille de joie et abandonna son compagnon à la fin de la soirée.

          Les yeux mi-clos, tel un moine tibétain méditant, il les maudit une fois, deux fois, puis trois fois! Il se démenait ainsi dans le flot d'images que lui expédiait le passé lorsque brusquement, il entendit de derrière lui: « Tes bago et bouge pas! ». Il tenta de se retourner pour un quelconque arrangement. Mais que vit-il ô Dieu des sept terres et des sept cieux... ?

 

-        Am... toi... ! Balbutia-t-il.

Il n'eut pas le loisir d'épuiser sa pensée. Déjà la lame du couteau d'Ambianço se perdait dans ses entrailles. Il tomba en râlant dans la poussière. Pour la deuxième fois, il perturbait le silence de la nuit. Mais cette fois dans le lointain quelques coqs lui répondirent.

 

Publié dans Création littéraire

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