Les écrivains burkinabè et leurs oeuvres I

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

UN HOMME, DES ŒUVRES !

      Dr Bazié(centre) lors de l'AG constitutive de la SAGES

al kantagba, jp bazie, p ilboudoDr Jacques Prosper Bazié

 

Né en 1955 à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, le Dr Bazié  est l’un des écrivains burkinabè les plus talentueux. Tois fois lauréat du Grand national des arts et des lettres(GPNAL) organisé lors de chaque édition de la Semaine nationale de la culture,(SNC) il a été sacré artiste du peuple et artiste du cinquantenaire en  2010. C’est également l’un de nos auteurs, les plus prolixes, les plus prolifiques mais et surtout les plus éclectiques. Aucun des genres littéraires : roman, nouvelle, conte, poésie, théâtre, etc. n’a échappé au talent de cette plume atypique dans le paysage littéraire burkinabè. Il les a tous pratiqués avec un réel succès. Pour preuve, il a été primé dans chacun de ces genres littéraires ci-dessus cités et la critique qu’elle soit journalistique  et/ou littéraire c’est-à-dire universitaire a toujours accueilli avec bienveillance la sortie des ses œuvres ; tout comme le public du reste. Titulaire d’une maîtrise en lettres de l’université de Besançon et d’un doctorat en science de l’information de l’Université de Bordeaux, Jacques Prosper Bazié  a occupé des postes de responsabilités dans l’administration. Il a été à ce titre conseiller culturel à l’Ambassade du Burkina au Canada, il est aujourd’hui conseiller technique au ministère de la Culture et du Tourisme pour ne retenir ici que ces deux derniers postes de responsabilité. Mais passionné de littérature, au sens noble du terme, l’homme dont on peut dire qu’il a  l’écriture dans la peau n’a jamais mis sa plume en « stand by » comme peut en témoigner aisément son immense bibliographie ; immense au double plan de la quantité et de la qualité. Il fait donc assurément parti des écrivains burkinabè qui ont le plus écrit et publié depuis la naissance officielle de notre jeune littérature en 1962 avec Le Crépuscule des temps anciens de Nazi Boni. Scripteur infatigable, Jacques Prosper Bazié est toujours entre deux projets, deux œuvres. Il travaille actuellement sur un essai sur Nazi Boni, le Moïse du Bwamu, mais aussi sur un recueil de contes.

C’est si peu dire que Jacques Prosper Bazié a une belle plume et sous cette plume alerte, tous les maux qui minent le Burkina, l’Afrique mais aussi le reste du monde sont passés en revue. Cela, très souvent au travers d’une voix pudique, ce que Pape Diouf appellerait le principe de la belle parole. Ainsi, dans L’Epave d’Absouya l’auteur traite du mal du siècle, le sida sans pour autant le nommer, dans La Silhouette du charlatan, il dit sans dire  le viol; il use pour cela de figure de rhétorique comme les comparaisons, les métaphores, parfois filées, ce qui peut faire croire que ses œuvres sont hermétiques. Les parallélismes, les allégories, et autres phénomènes d’intertextualité sont légions dans l’œuvre de Jacques Prosper Bazié. En terme, effectivement, d’esthétique intertextuelle ou  « dialogisme », vocable que Mikhaïl Bakhtine utilise pour désigner cette propriété que possède un énoncé d’entrer en relation avec d’autres énoncés préexistants, Bazié  recourt allègrement aux textes bibliques et/ou coraniques mais aussi aux légendes et traditions africaines. La composition de certaines de ces nouvelles aussi n’est pas sans rappeler l’art de composer d’un maître du genre de la nouvelle comme Guy de Maupassant. Dans « La Mort du Timboani » (in Crachin de Rissiam, Editions Le Nordir, Ottawa, 2002, p. 26), nous avons la situation suivante : Maître Beauverger, l’avocate de Kayin, un condanmé à mort, vient à la prison voir son client lequel fonde tout son espoir sur elle. Que croyez-vous qu’il va se passer ? Telle est la suite ainsi que la rapporte le narrateur : « Elle discuta un peu longtemps. Un moment, elle demeura perplexe. Elle lui donna un emballage d’antimoustique, des boîtes de lait, un paquet de caramel… Tout ce qu’il faut pour un gamin, en somme. Puis elle se leva dans sa mongue toge noire et s’effaça ».  Dans « Clochette », une nouvelle  de Guy de Maupassant, Clochette, une brave femme se meurt… est morte… Le medécin est appelé. Il arrive tel l’envoyé des dieux. Tous comptent sur lui. Il va d’un à instant à l’autre faire quelque chose. C’est alors que le narrateur nous dit : « Il s’assit et accepta un verre de liqueur  avec un biscuit » (p.27).

Les œuvres de jacques Prosper sont presque toutes caractéristisées par un certain ancrage culturel. L’auteur recourt abondamment aux genres de l’oralité les mythes, et les légendes qu’il connaît et qu’il maîtrise assez bien mais aussi  les proverbes. Ces différents genres oraux sont insérés bien à propos dans le tissu narratif auquel ils confèrent beauté et densité. De ce point vue les œuvres de Jacques Prosper Bazié sont une mine de sagesses africaines qu’il faut explorer et/ou re-explorer.

En dépit de ses multiples responsabilités participent à la formation de la rélève des plumes de demain à travers son engagement et son soutien à des associations comme le Cercle littéraire et artistique Lire et Ecrire(L&E), la Société des auteurs, des gens de l’écrit et des savoirs(SAGES) qu’il a contribuées à créer et qu’il conseille du mieux qu’il peut.L & E


QUELQUES ŒUVRES DE JACQUES PROSPER BAZIE

Couverture Croquis de Panguin

Orphelin des collines ancestrales, poésie, Dasl, 1984 ; Kraal, 2005 ;

Aux miradors de l’espérance, Agonies de Grom-Gorom, poésie, Kraal, 1992 ;

La Saga des immortels, poésie, Dasl, 1987 ;

L’Agonie des greniers, nouvelle, Kraal, 1984 ;

Crachin de Rissiam, nouvelle, Le Nordir, 2002 ;

Croquis de Panguin, nouvelle, Kraal ; 2004 ;

Cantiques des soukalas, conte, Kraal, 1998 ;

L’Epave d’Absouya, roman, Kraal, 1995 ;

Amoro, théâtre, Dasl, 1990 ;

Amoro, récit, Kraal, 2010 ;

Parchemins migrateurs, poésie, Kraal, 2011.

 

 

 

Publié dans Critique littéraire

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peketi 29/04/2015 13:03

je voudrais ressembler à cet écrivains que j'appelle déjà, sans l'avoir lu, le Josué des écrivains burkinabé

Adamou L. KANTAGBA 29/04/2015 18:15

Je vous le recommande vivement. Pour sûr, vous ne le regretterez. Pour moi, et cela n'engage que ma personne, c'était l'un de nos plus grands auteurs, l'un de nos plus éminents intellectuels. La terre du Faso lui soit légère! Nous ne n'oublierons pas.