LES ECRIVAINS BURKINABE ET LEURS OEUVRES IX

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

Une vie dissolueUne vie dissolue, Jérôme OUOBA


Composé de 137 pages reparties en 3 chapitres, le nouveau et premier opus de Jérôme Ouoba : Une vie dissolue donne à voir et à réfléchir sur l’itinéraire, la vie de Frédéric, alias Frédo. Issu d’une fratrie de 24 enfants, Frédo dont le père est cultivateur-tisserand, a la chance d’être scolarisé ce qui est loin d’être le cas de ces autres frères. Élève intelligent, il aurait pu réussir… mais malheureusement, sa route croise celle de Rodrigue, un condisciple dont il se lie d’amitié. Fils de riche, habitué à se la couler douce, celui-ci l’initie à l’alcool, aux plaisirs de la chair, etc. Frédo découvre et s’éprend très vite de cette vie facile qui le fascine et le happe à jamais jusqu’à ce mystérieux accident qui le paralysera pour le restant de ses jours.

Au-delà de la tragédie du destin de Frédo, le récit d’Une vie dissolue servi par une technique narrative dynamique faites de flashbacks et d’anticipation lève le voile sur certaines tares de nos société modernes à savoir : la sexualité précoce des jeunes, l’alcoolisme, le gain facile, etc.  En effet, avec des phrases courtes, l’auteur recourt à une parole crue qui se caractérise par l’utilisation d’un langage cru pour soulever les torts et les travers de la société.

Dénonçant par exemple l’attitude de son oncle, le narrateur rapporte avec un brin d’humour : Il était paysan de son Etat, malheureusement, il aimait très peu les travaux champêtres(…) Pendant l’hivernage, seule sa femme était assidue au champ. Lui, il passait une bonne portion de son temps à se piquer le nez dans les cabarets. Il s’était totalement adonné à l’alcool. Pour ne pas manquer de sou pour son dolo, il s’était transformé en bûcheron. Il semblait même plus bûcheron que cultivateur. C’est pourquoi dans sa famille personne ne mangeait à satiété pendant une longue période. (p.27)

 A la page 33, il denonce la vie dissolue des jeunes, la prostitution des filles pour l’argent toujours avec une pointe d’ironie : C’était maintenant le dévergondage absolu(…) Rodrigue passait désormais plus de temps chez moi. Toutes ses opérations sexuelles se faisaient chez moi. Nous étions devenus tous deux de plus en plus salaces, et les filles ne cessaient de fourmiller à tout instant dans notre nouveau logis. On aurait plutôt pensé à un lupanar. Elles n’avaient pas du tout tort ces filles, c’étaient les exigences du moment car c’est le mil qui attire le poussin. Nous avions assez de blé pour que le poussin accoure vers nous.

Avec l’acuité des problèmes soulevés, l’auteur, en recourant allègrement à l’humour et l’ironie, en alternant comique de langage, comique de situation et parfois même parodie, a réussi la prouesse de rire et de faire rire le lecteur sur des sujets qui a priori ne s’y prêtent pas. Ces passages du livres deviennent donc des espèces d’interlude, de véritables plages récréatives, qui installent une ambiance, un climat de détente et font de la lecture une vraie partie de plaisir.

Exemple : À la page 42 alors que la police est venue l’arrêter devant tout le village réuni pour abus de confiance Frédo leur demande :

‒ Terminez-moi ici, s’il vous plaît, terminez-moi ici.

Tous trois me regardèrent sans mot dire et je repris :

‒ C’est à vous que je parle, je vous prie de me terminer ici, je m mérite plus la mort que cette honte. Karim dis-leur de me fusiller.

Le policier auprès duquel j’étais assis me donna un coup de matraque à la tête que j’ai tenté d’esquiver en vain. Je riais de cette dernière action mienne. Comment quelqu’un qui réclame la mort se plait-il encore à vouloir déjouer un simple coup de matraque ?

 

Une vie dissolueest un roman d’assez bonne facture qui se lit d’une traite. Alors bon vent à Jérôme OUOBA qui ouvre ainsi une page de sa carrière littéraire !

 

Publié dans Critique littéraire

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