Quand la rue fait réculer Me Wade

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

TICKET PRÉSIDENTIEL AU SÉNÉGAL

David contre Goliath ?

La maturité du peuple sénégalais force l’admiration pour tous les démocrates en Afrique mais aussi de part le monde. En effet, un des  rares pays de la sous- région ouest africaine à ne pas ne connaître de coup d’état dans son histoire politique depuis son accession à l’indépendance en 1960, le pays à l’hospitalité légendaire, le pays de la téranga  vient encore de montrer à la face du monde la maturité politique de son peuple. Ainsi, tel un seul homme, les partis politiques d’opposition et les Organisations de la société civile (OSC) ont su taire leurs querelles intestines et manifesté devant l’Assemblée nationale et en arborant les couleurs nationales (admirez le patriotisme !) leur refus du fameux ticket que voulait leur imposait  la majorité  présidentielle.

L’opposition sénégalaise ainsi que la société s’opposent, et dans le fond et dans la forme, à ce projet de loi qui vise à élire simultanément à compter de 2012 un président et un vice président. Ils estiment, en effet, qu’il n’a ni été soumis à discussion encore moins à un référendum. Ce qui déjà, en leur sens, pose problème. Les opposant politiques et les OSC sont unanimes à voir dans ce nouveau texte une manœuvre politique et politicienne de l’homme au crâne légendaire, au pouvoir  depuis 2000 et réélu en 2007 pour un mandat de cinq ans  qui prend fin en 2012, de supprimer le second tour en permettant à un candidat d’être élu s’il arrive en tête au premier tour du scrutin présidentiel avec le quart des suffrages exprimés.

Au –delà des calculs politiques et politiciens qui se cachent derrière une telle proposition de réforme de la loi fondamentale sénégalaise par la majorité (car en politique plus que dans tout autre domaine, on ne fait jamais rien pour rien), on peut se demander dans le fond quelle légitimité peut se targuer d’avoir un président qui ne serait élu qu’avec 25% voix. 

La cuisante défaite de Karim Wade (le fils prodige !) à la mairie de Dakar lors des dernières élections municipales, le printemps arabe avec la soif d’une démocratie véritable qu’il a suscité chez tous les peuples du monde : du moyen Orient (Syrie, Yémen, etc.) à l’Afrique subsaharienne (Lybie, Sénégal, etc.) en passant par l’Europe (Grèce,  Espagne, etc.) ne suffisent pas apparemment à faire se taire l’ambition dynastique de Me Wade  et de son clan qui continuent à user de ruses et de subterfuges pour parvenir à leurs fins. Le ticket présidentiel en est encore un des exemples les plus patents. Qui l’eût cru de la part de cet opposant historique, le chantre du sofi, le changement, dont l’élection à la présidence de la République avait suscité tant d’espoir ?

Wade a beau être un Me/maître de parole, sa rhétorique ou du moins son sophisme  ne séduit plus grand nombre. On peut tromper une partie du peuple tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. Le peuple sénégalais vient d’ailleurs de le démontrer en s’opposant fermement, en dépit d’une forte répression policière, à une reforme de la constitution qu’on lui présentait comme une avancée significative pour la démocratie sénégalaise, voire même révolutionnaire. Gorgui se fait vieux, il ferait mieux donc de consacrer le peu qui lui reste  de son mandat, mais aussi à vivre à résoudre les problèmes de délestage que vivent depuis plusieurs années  les populations sénégalaises au point de plus savoir à quel Me (excusez ma méprise, ma langue à fourché) à quel saint se vouer,  aux problèmes de chômage, aux questions de la justice sociales, à la vie chère, etc. Il n’est pas encore trop tard et le peuple lui revaudra bien cela. Lui qui tient vaille que vaille à marquer de son empreinte l’histoire du Sénégal mais aussi celle de l’Afrique.

Face à l’ampleur de la contestation, Abdoulaye Wade, a fait bien d’entendre la voix de la sagesse et de renoncer à son projet d’instauration du FAMEUX ticket présidentiel auquel, il semblait pourtant tenir mordicus. On ne pas prétendre aimer le peuple, le servir et dans le même temps lui imposer des mesures, des reformes qu’ils contestent de la façon la plus expressive qui soient, comme c’est le cas avec l’opposition et la société civile sénégalaises,  fussent-elles révolutionnaires !  

Puisse cette belle leçon de démocratie que vient d’administrer la classe politique sénégalaise dans son ensemble  faire tache d’huile. Que les  oppositions sous les Tropiques sachent, quand l’intérêt supérieur de la Nation le commande, taire leurs querelles d’égo et de personne. Quant aux  maîtres du jour, le pouvoir en place, qu’ils sachent mettre leur orgueil de côté et ne pas tenter un passage en force, vogue la galère !

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