QUESTION DE LANGUE 013

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

E-mail ou Mél ou Courriel ?

         Face à la toute-puissance des États-Unis d’Amérique, les Européens ont su mettre leur égo de côté et mutualiser leurs forces à travers l’Union européenne (EU). En Afrique, les chefs d’Etat du continent se rendent de plus en compte, ils n’ont pas le choix, que le rêve de Kwame Nkrumah Africa must unite doit devenir une réalité. C’est cela ou l’Afrique ne sera. En effet que représente : le pays des Hommes intègres, la Côte-de-l’Or, ou encore la Côte d’Ivoire face aux États-Unis (EU), face à l’Union européenne ? Rien ! 100 fois rien ! Ce regain d’intérêt pour l’unité africaine est donc à saluer. On parle de plus en plus de défense commune, de monnaie commune, etc. Tout ça est bien. Mais, car il y a mais, il faudrait que l’Afrique songe aussi à une langue commune. Cheick Anta Diop, Paix à son âme, disait à juste titre qu’il était difficile de se développer dans la langue des autres. Sans être francophobe, anglophobe, lusophobe, ou que sais-je encore, Cheick avait conscience que l’Afrique devait avoir une langue commune qui serait parlée et enseignée à l’échelle du continent car la langue c’est le vecteur de la culture d’un peuple. Et la culture, comme chacun sait, c’est l’identité, l’âme d’un peuple. Pourquoi pensons-nous que la France ou l’Angleterre se battent pour la promotion du français ou de l’anglais en Afrique et dans le reste du monde ? C’est parce, en filigrane, ils imposent leur culture ! Une des raisons qu’on avait opposé à Cheick Anta Diop, c’était la pauvreté des langues africaines qui ne peuvent pas rendre compte de certaines réalités mathématiques et/ou technologiques. Quand bien même le dernier des pharaons avait réussi à traduire certains concepts mathématiques comme les cosinus et sinus en wolof, les Occidentaux avaient réussi à faire avaler leur mensonge à beaucoup d’intellectuels nègres qui aujourd’hui encore croient dur comme caillou à la pauvreté de nos langues.  Or qu’est-ce que nous voyons de nos jours ? Les inventions, les plus déterminantes de ces dernières décennies, sont le fait des Américains ou des Anglais. C’est donc en toute logique que le nom de ces inventions est en anglais. Cela assure la promotion de l’anglais et favorise l’anglicisme. Pour défendre djogo djogo leur langue que font alors nos ancêtres les Gaulois ? Eh bien, dans leur stratégie de défense de leur langue, ils « fabriquent » l’équivalent français de chaque mot anglais que les sciences et la technologie mettent sous le feu des projecteurs. C’est le cas par exemple du mot anglo-américain e-mail (electronic mail) auquel les Français ont trouvé un équivalent mél (messagerie électronique). Courriel (courrier électronique) est le synonyme que les Français du Québec ont créé.

Dire donc que les langues africaines sont pauvres et qu’elles ne sauraient exprimer des réalités quel qu’elles soient est une énorme absurdité. Si les Français y arrivent, les Mossi, les Haoussa, les Peul, etc. doivent pouvoir aussi fabriquer, par mot-valise (c’est ainsi qu’on obtenu mél et ou courriel) ou par d’autres types de procédés de création de mots nouveaux, des mots qui rendent compte des nouvelles réalités d’aujourd’hui. Pour cela, il nous faut absolument sortir de notre paresse intellectuelle et faire preuve d’imagination. 


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