Question de langue

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

 Question de langue

 

La langue française est riche, riche de ses nuances, de ses images. On dit d’elle qu’elle est la langue de la diplomatie par opposition à l’anglais qui serait la langue du commerce, des affaires. Si elle est riche, la langue de Molière n’est pas moins complexe. On lui reproche bien souvent, à tort ou à raison, ses nombreuses irrégularités.

Véritable casse-tête chinois pour ceux qui veulent la pratiquer sans fautes d’accord ou d’orthographe, l’usage du français peut toutefois se révéler moins périlleux pour peu qu’on soit au courant de certaines règles grammaticales et/ou orthographiques et qu’on veuille  bien les appliquer. Pour cela si on suit une formation en Lettres modernes et/ou classiques, en linguistique on est gâté. A défaut, des espaces pourraient être aménagés dans les médias [radios, télévisions, presse écrite, etc.] pour émanciper les populations sur les difficultés de la langue de Molière car il suffit de voir les nos concitoyens s’exprimer à l’oral comme à l’écrit pour se rendre compte de leurs énormes difficultés langagières. Senghor ou Molière doivent se retourner continuellement dans leur tombe.

Si 50 ans après les indépendances politiques, nos Etats n’ont pas encore conquis leur indépendance linguistique comme le voulait le Pr Cheikh Anta Diop ; si 50 ans après les indépendances, nous continuons à parler et à écrire en français [cette langue dans laquelle nous avons été violés pour paraphraser le gargantuesque dramaturge congolais Sony Labou Tansi, grand ami de feu Jean Pierre Guingané], autant alors la parler et l’écrire correctement.    

En attendant qu’on veuille bien nous rouvrir la parenthèse de Parenthèse, l’unique émission littéraire de la Télévision nationale du Burkina [TNB], on pourrait espérer une émission sur les questions de  langue sur la chaîne du plaisir partagé à l’instar de : « Allô professeur ! » sur TV5. Cela rendra service à plus d’un téléspectateur/locuteur. Elle sera confiée par exemple des hommes et femmes de lettres et autres linguistes et grammairiens qui feront profiter de leurs lumières à ceux qui n’ont point eu la chance et le bonheur de faire leurs humanités.

Il ne s’agira guère pour ces chirurgiens esthétiques de la  langue française de présenter une batterie de règles de grammaire, d’orthographe d’usage ou grammaticales tout aussi difficiles à comprendre qu’à appliquer pour le locuteur francophone d’un certain niveau. Le savoir pour être digeste doit être synthétique. C’est dire que cette tribune doit être simple, très simple [mais non pas simpliste] et pratique.

 

Les difficultés de la langue française ont déjà inspiré Yvan Amar qui anime sur Radio France internationale [avec le soutien du Centre national de documentation pédagogique] une chronique : Les Mots de l’actualité. Il a par ailleurs publié un livre du même nom dans la collection : Le Français retrouvé.

Bien avant lui, Pierre Valentin Berthier et Jean Pierre Colignon ont publié des ouvrages fort appréciables sur les mêmes difficultés. Des œuvres majeures  parmi lesquelles on peut retenir : Le Français écorché, Ce français qu’on malmène.

En Côte d’Ivoire, un ancien étudiant du département de Lettres modernes a eu l’ingénieuse idée d’éditer une brochure sur ces mêmes difficultés du français. Ces imprimés se vendent très bien dans les rues de Ouagadougou. On se les passe, on les photocopie. Malheureusement ! C’est dire donc que les gens sont conscients de leurs lacunes.

Au Burkina Faso, depuis que la faucheuse a fauché l’illustre grammairien Vinu Muntu , plus de magistrales  leçons de grammaire dans les quotidiens nationaux. L’essentiel des productions autres que littéraires [romans, nouvelles, contes, théâtre, poésie, etc.] dont la presse se fait souvent l’écho est constitué d’annales de maths, de physique-chimie, de français et j’en passe,  destinées principalement aux élèves en classe d’examen. Et les éditeurs sont friands de ce genre de productions que s’arrachent les candidats au Bepc ou bac. Le drame c’est que ces annales sont souvent elles-mêmes pleines d’entorses faites à la langue française. Seule une poignée de journaux : L’Observateur à travers sa rubrique : « Le français dans tous états » ; Le Pays via sa tribune : « Derrière l’expression » essaient autant que  faire  se peut de consacrer vaille que vaille le bon usage.

Pourtant les établissements d’enseignements secondaire et supérieur, la publicité,  la presse,  les œuvres  littéraires nous fournissent, chaque jour, beaucoup d’exemples  d’entorses faites à la langue française.  Eh ! oui, la pauvre, elle est plus malmenée qu’il n’y paraît dans nos maquis, écoles, bureaux et journaux ; souvent même par ceux qui sont sensés l’enseigner ou la maîtriser : journalistes, enseignants, publicitaires, communicateurs, auteurs, etc.

 

Bon vent donc à l’initiative de ces deux canards et espérons que d’autres leur emboîteront le pas car comme l’écrivaient Pierre-Valentin Berthier et Jean-Pierre Colignon : Il convient de saluer les journaux et autres publications qui cherchent à intéresser leurs lecteurs aux questions de langue. Même quand ces organes de presse multiplient eux-mêmes les fautes, leurs chroniques sont utiles ; elles servent à maintenir en bon état, cet irremplaçable instrument de communication : l’idiome que nous parlons.

Ouaga, le 22 juillet 2011

Adamou L. KANTAGBA

Kantadamoul.over-blog.com

Publié dans Critique littéraire

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