Révolution et Rectification au Burkina

Publié le par Adamou L. KANTAGBA

 

blaise compaoré25 ans après que retenir ?

Ce  15 octobre 2012, cela fait 25 ans, soit un quart de siècle que le capitaine Thomas Sankara ainsi que l’espoir dont il  était porteur a été assassiné. Si pour les rectificateurs, l’homme du 4 Août  était un idéaliste, un rêveur qui a fini par engager son pays, la Haute-Volta qu’il a rebaptisé Burkina Faso, dans une « révolution en bonne partie inutile et inefficace aux dérives devenues dangereuses » rendant donc inévitable une certaine rectification. Pour beaucoup, Sankara incarne aujourd’hui encore dans la mémoire historique de millions d’Africains l’espoir d’un changement basé sur la seule contribution de nos propres forces. N’en déplaise aux rectificateurs,  un quart de siècle après sa mort, Thomas Sankara continue d’être le symbole de l’engagement, de l’intégrité, de la lutte contre la corruption et de la révolution africaine, particulièrement pour la jeunesse du continent  et même  de nombreux politiciens. L’affaire dite Ismaël Sankara, du non cet artiste-musicien burkinabè vivant aux Etats unis qui voulant s’identtifier au « guide » la révolution burkinabè a poussé l’outrecuidance jusqu’à  laisser croire qu’il serait son fils et qui a défrayé la chronique en juin dernier montre si besoin en était encore le désir combien énorme de la jeunesse du continent à s’identifier en lui. On ne compte plus les artistes, les structures d’artistes, les rues et autres monuments et instistutions qui arborent  le nom THOMAS SANKARA. Quant à l’idéal sankarariste, il est plus que jamais porteur. Le seul nom de Sankara mobilise les foules. Le succès relatif de certains partis politiques d’opposition au Burkina n’est-il pas en partie tributaire de cet héritage sankariste ? Nul doute que ce succès eût été plus éclatant si l’unité des sankaristes étaient réalisée car de nombreuses formations politiques au Burkina Faso ou en  Afrique se reclament de l’idéal sankariste. Bien que la parenthèse révolutionnaire fût vite refermée (4 août 1983-15 octobre 1987), elle put à sa mamière apporter des solutions aux épineues questions de l’émancipation de la femme, de la lutte contre la corruption, de la santé, du logement,  du chômage endémique de la jeunesse et de la justice sociale. Ce qui ne semble pas être le cas 25 ans après la rectiification. Certains en viennent même à regretter « le soleil de la révolution ». Certes, en un quart de siècle, le paysage institutionnel national s’est enrichi d’une pléthore d’institutions démocratiques ; la liberté de la presse est de plus en plus garantie, pour autant la démocratie burkinabè ne s’en porte pas mieux. Suffit-il seulement en effet d’organiser des élections régulières pour se revêtir de l’étoffe de démocrate ? La politisation à outrance de l’administration publique, de la chefferie traditionnelle, la fameuse question de l’article 37 non encore réglée ne sont pas pour arranger les choses. C’est à se demander s’il existe une alternative à l’alternance au pays des Hommes intègres. Malgré les différents rapports des différentes autorités de contrôle de l’Etat, l’impunité a toujours pignon sur rue. On a beaucoup investit dans le bitume ces dernières années ; des immeubles futuristes ont poussé comme des herbes sauvages. Et si sur le plan social, de nouveaux riches ont émergé  ici et là, la grande majorité de la population croupit dans la pauvreté. La question du chômage,  de la justice sociale évoquée dans le rapport du Collège des sages se posent toujours avec accuité et a servi  de terreau fertile à la crise civilo-militaire née de la mort de l’élève  Justin Zongo en février 2011. Le présent n’est guère reluisant. C’est un fait. Mais si tant est que impossible n’est pas burkinabè, l’émergence que les uns et les autres appellent de leurs vœux  est possible. Il suffit comme disait Sankara d’oser inventer l’avenir. Adamou L. KANTAGBA 

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