Une balle dans la main

Publié le par kantadamoul

 

  Une balle dans la main

Je regarde ce ballon dédicacé par Samuel Eto’o et je repense à ce sinistre drame. Alors, mes larmes, tel un flot impétueux que ne peut contenir nulle digue, coulent. Est-ce que j’entends ma tendre moitié, assise près de moi sur ce table-banc me soufflant à l’oreille : « Chéri, n’y pense plus » ? Pouvais-je seulement ne pas y penser ? Je regarde sans savoir Kalid et son jeune frère jouant au ballon dans la cour de cette école. Seuls les cris et les applaudissements nourris qui accompagnaient le marquage d’un but me rappelaient de temps à autre leur présence. Alors, je me demandai où est donc passé Nasser, leur aîné. Celui qu’on appelait Eto’o non seulement parce qu’il portait le Camerounais dans son cœur mais aussi pour son sens du but. A l’instar de son idole, il marquait dans n’importe quelle position. Puis soudain, je réalisai l’absurdité de ma question. Alors, mes larmes coulaient de plus belle. Et madame toujours assise à mes côtés sur ce table-banc, comme si elle eût deviné ce qui me tracassait, me prenait les mains et pendant qu’elle me les caressait me faisait remarquer : « Je l’aimais aussi, tout autant que toi. Qui ne l’aimait d’ailleurs pas ? Il était formidable, le plus formidable de nos enfants. Mais que pouvions-nous contre la volonté de Dieu ? Rien !" Je relevai ma tête baissée depuis un moment, regardai vers elle. Curieusement, elle aussi pleurait. Ses larmes étaient tout aussi torrentielles que les miennes. Je la consolai à mon tour avec mille et une citations d’écrivains ayant cogité et écrit sur la condition humaine, la douleur, la mort, etc. Mais à dire vrai, je ne croyais rien de ce que je lui débitais. Elle cessa de verser des larmes et nous restions là, l’un à côté de l’autre, silencieux. Personne ne disait mot. Mais au fond, nous pensions à la même chose, nous pensions madame et moi à notre cher Nasser. Et aucun de nous n’aurait pris l’initiative de rompre cet instant de communion quasi-mystique si le téléphone n’avait pas sonné. Mais le téléphone sonna…
 Allô ! dis-je en récupérant le portable que madame me passa.
 - Bonjour monsieur ! J’ai le profond plaisir de vous informer que l’Académie de foot de Chelsea a étudié avec intérêt le dossier de votre fils, il a été retenu. Le Club se charge de son visa, de son billet d’avion et de toutes les autres formalités administratives. Toutes mes félicitations, monsieur. Votre fils a des jambes en or, il ira très loin. Joyeux anniversaire à lui… Nous étions le 3 septembre 20… Des sanglots de l’autre côté du téléphone, intriguèrent le british
 - Quelque chose ne va pas monsieur ?
 - Oui !
 - C’est en rapport avec Nasser ?
 - Oui !
 - Qu’est-ce qu’il ya monsieur ?
 Il ne pourra plus venir en Angleterre.
 - Why ? questionna l’Anglais qui avait visiblement perdu son français.

Dis-lui, dis-je à madame en lui tendant le téléphone Nokia 6600 que je tenais.
- Nasser n’est plus, monsieur ! lui apprit laconiquement madame. 

 - Depuis quand ? 
 - C’était il ya deux jours. Le premier jour du neuvième mois de l’an deux mille …
- Comment ça ? Comment est-ce arrivé madame ?

Elle lui résuma les circonstances de la mort de notre Nasser bien-aimé non sans avoir versé quantité de larmes. 
- Au moment même où je vous parle, nous sommes hébergés dans une école primaire car il ya deux jours, toute notre capitale a été inondée. Il est tombé plus de deux centaines de millimètres d’eau en une dizaine d’heures. Un véritable déluge digne du temps de Noé ! Donc la pluie tombait, les maisons en banco succombaient… Et pendant que nous tentions de sauver ce qui pouvait encore l’être dans notre maison qui était sur le point de céder [car nous avions mis déjà les enfants en sécurité], Nasser lui, était retourné dans sa chambre. Saviez-vous pourquoi ?

Son interlocuteur ne répondit pas. Elle continua alors sa narration : 
- Pour prendre le ballon que Samuel Eto’o Fils, son footballeur préféré, lui avait offert personnellement en marge d’un match de gala qu’il était venu disputer au profit d’une œuvre caritative dans le pays du vélo et de la moto. C’est en sortant que la maison s’est écroulée sur lui. Il est mort, la balle dans la main !
- Je suis désolé madame, lui signifia le PDG de l’Académie de Chelsea à l’autre bout du fil. Et il raccrocha.

Adamou L. KANTAGBA

Publié dans Création littéraire

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traore 21/06/2011 20:29



Oui!!! celui je l'ai lu dans le pays ...


Mais c'est encore merveilleux de le lire sur le blog personnel de l'auteur lui meme


Merci de nous poster aussi les references des journaux dans lesquels vous avez dejà publié vos articles Monsieur KANTAGBA


un article intelligemment conçu..


 


 



Adamou L. KANTAGBA 24/06/2011 21:50



Vous pouvez donc lire Le pays N° 4842; 4852; 4856; 4860; 4875; 4883. Voyez les rubriques: Sur la braise, Lignes de force, reportage.